En Grèce, l'annonce ne faisait plus vraiment de mystère. De la publication d'un livre fin novembre à l'organisation de nombreuses rencontres partout dans le pays, voilà des mois qu'Alexis Tsipras, l'ancien Premier ministre grec (2015-2019), laissait deviner son intention de revenir en politique après trois années passées en retrait. Il a mis fin au suspense, mardi soir à Athènes, alors que se profilent les élections législatives.

Au terme d'un discours d'une quarantaine de minutes avec l'Acropole en toile de fond, celui qui a incarné il y a plus de dix ans le bras de fer entre la Grèce et ses créanciers a dévoilé le nom de son nouveau parti, Elas, pour « Alliance de la gauche grecque ». Objectif : rassembler « la gauche radicale, la social-démocratie et l'écologie politique » pour mettre un terme à la domination sans partage du parti de droite Nouvelle démocratie, au pouvoir depuis 2019.

L'accent sur la « vie digne »

Mardi soir, Alexis Tsipras a notamment appelé à « mettre fin à l'autoritarisme et à la corruption qui sont la marque du gouvernement actuel », dont les deux mandats successifs ont été plombés par des scandales majeurs. De la mise sur écoute de dizaines de personnalités publiques au détournement de subventions de la Politique agricole commune (PAC), au moins quatre ministres, une quinzaine de députés et de nombreux autres responsables de Nouvelle démocratie ont été mis en cause depuis 2019. Le gouvernement a aussi été critiqué pour sa gestion calamiteuse de la catastrophe ferroviaire de Tempi, qui a fait 57 morts en 2023 et a profondément choqué le pays.

Le parti du Premier ministre se maintient pourtant en tête des sondages dans un paysage politique très fragmenté, aussi bien à droite qu'à gauche. À l'approche des élections, qui doivent se tenir au printemps 2027 — celles-ci pourraient toutefois être organisées dès l'automne prochain selon les médias grecs —, le principal enjeu sera de savoir si le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis sera capable de conserver ou non sa majorité absolue au Parlement.

Crédité de quelque 18 % selon certains sondages, Alexis Tsipras souhaite s'imposer comme la principale force en mesure de renverser le pouvoir en place. À l'image de la campagne victorieuse du maire de New York, Zohran Mamdani, la « déclaration fondatrice » de sa nouvelle formation met l'accent sur la « vie digne », la crise du logement et la lutte contre les inégalités, alors que le pouvoir d'achat des Grecs ne cesse de dégringoler depuis 2019 et figure en tête des préoccupations des électeurs.

Réactions mitigées

Reste que le retour savamment orchestré de l'ancien Premier ministre n'offre aucune garantie. Plus de dix ans plus tard, Alexis Tsipras doit encore justifier sa signature d'un accord avec les créanciers de la Grèce malgré le « non » massif au référendum de 2015. Une volte-face considérée comme une trahison par une partie de l'électorat de gauche.

Sous sa direction, le parti Syriza, issu de la gauche radicale et initialement proche des mouvements altermondialistes, antiracistes ou féministes, s'est progressivement éloigné de ses origines pour se notabiliser et se recentrer vers les classes moyennes. Pari perdant : à compter de 2019, la formation n'a cessé de reculer à chaque scrutin, avec en point d'orgue la débâcle aux législatives de 2023, qui a mené à la démission d'Alexis Tsipras de la direction de Syriza.

Trois ans plus tard, ce dernier doit désormais convaincre ses anciens alliés et les électeurs de gauche. Le nom du nouveau parti, Elas, suscite déjà des réactions mitigées : celui-ci rappelle aussi bien l'armée communiste qui a résisté à l'occupation nazie au cours de la Seconde Guerre mondiale que l'acronyme de la police grecque.