En République dominicaine, la politique de déportation massive des migrants haïtiens s'étend désormais aux hôpitaux, avec des conséquences dramatiques pour les mères et leurs nouveau-nés. Depuis avril 2025, des agents de l'immigration sont postés dans les établissements publics pour interpeller les patientes sans papiers, ce qui a provoqué une chute de près de 60 % des accouchements parmi les femmes haïtiennes en un an, selon les statistiques sanitaires dominicaines. Celles-ci sont passées de 32 967 en 2024 à 13 856 en 2025. En conséquence, un nombre croissant de femmes haïtiennes accouchent dans des conditions insalubres, sans aucun suivi médical, avec des risques mortels d'infection, d'hémorragie ou de complications néonatales.

Des drames humains documentés

Katty Joseph, 20 ans, vivait depuis un an en République dominicaine, hébergée dans l'arrière-boutique d'un garage. En octobre 2025, craignant d'être déportée si elle se rendait à l'hôpital, elle a accouché seule sur un sol taché de graisse, aidée d'une amie. Elle a coupé elle-même le cordon ombilical avec une lame de rasoir. Le nouveau-né n'a pas pleuré. Transporté chez un pédiatre quatre heures après la naissance, le bébé présentait des signes vitaux stables mais ne s'alimentait pas. Le médecin, le Dr Juan Payero, a recommandé une hospitalisation, mais l'enfant est mort quelques heures plus tard. Mme Joseph a enterré elle-même le corps près de sa maison. Aucune autopsie n'a été pratiquée. Le Dr Payero a évoqué plusieurs causes possibles : malnutrition, manque d'oxygène, infection due aux conditions insalubres ou tétanos provoqué par la lame utilisée.

Dans un autre cas documenté par des organisations locales, une mère haïtienne est morte d'un choc septique deux semaines après avoir accouché de jumeaux à domicile. Ces drames illustrent, selon les professionnels de santé et les associations d'aide aux migrants, les conséquences catastrophiques du déploiement policier dans les maternités.

Une politique assumée par le gouvernement

Le président dominicain Luis Abinader, réélu en 2024 sur une vague nationaliste, a imposé des quotas hebdomadaires d'expulsions. Selon les autorités, plus de 478 000 Haïtiens ont été déportés depuis janvier 2025, dont certains franchissaient la frontière à plusieurs reprises. Le gouvernement justifie la présence d'agents dans les hôpitaux par la nécessité de réduire la pression sur les services publics, qu'il juge excessive de la part des migrants haïtiens. Selon les responsables dominicains, les déportations ont augmenté et le nombre d'Haïtiens recourant aux soins hospitaliers a diminué, ce qui est présenté comme un succès.

Les critiques dénoncent une mesure inhumaine qui reflète un profond sentiment anti-haïtien dans ce pays qui partage l'île d'Hispaniola avec Haïti. William Charpentier, président du Conseil national pour les migrations et les réfugiés, une organisation dominicaine d'aide aux mères haïtiennes, qualifie la situation de « catastrophique ».

Un phénomène qui s'aggrave

L'exode des Haïtiens fuyant la violence des gangs et la crise humanitaire dans leur pays s'est accéléré ces dernières années. La République dominicaine, dont l'économie agricole, touristique et du bâtiment dépend de la main-d'œuvre haïtienne, a durci sa politique migratoire. L'ampleur des déportations et l'extension de la traque aux hôpitaux poussent les femmes enceintes à se cacher et à accoucher sans assistance, souvent dans des squats ou chez des sages-femmes informelles. Les organisations locales rapportent que les naissances à domicile ont explosé, exposant les mères et leurs nourrissons à des risques vitaux. Le gouvernement, de son côté, n'a pas modifié sa position malgré les appels à la clémence.