Arrestation et détention provisoire

Le correspondant allemand Alican Uludag, arrêté le 19 février à son domicile d’Ankara, est détenu depuis trois mois dans l’attente de son procès. Il est accusé d’avoir insulté le président turc Recep Tayyip Erdogan, d’avoir diffusé des informations trompeuses et d’avoir dénigré des institutions de l’État dans un total de 22 publications sur les réseaux sociaux. Bien que sa détention ait lieu à Istanbul, son procès se déroule à Ankara. Uludag, qui avait expressément demandé à comparaître en personne, ne pourra participer à l’audience que par vidéoconférence.

Une procédure qualifiée de tentative d’intimidation

La direction de Deutsche Welle a dénoncé une « tentative d’intimidation ciblée » et jugé les accusations infondées. La directrice générale Barbara Massing a estimé que cette affaire illustrait « jusqu’où le gouvernement réprime massivement la liberté de la presse ». Selon elle, le réseau et l’accès d’Uludag à des sources clés font de lui, du point de vue du pouvoir, « une voix gênante et potentiellement dangereuse ».

Pour Erol Onderoglu, représentant en Turquie de l’organisation Reporters sans frontières (RSF), Uludag est « arbitrairement ciblé par une justice aux ordres du pouvoir ». Il le décrit comme un « journaliste sérieux connu pour ses enquêtes sur des sujets d’intérêt public », dont les investigations auraient déplu aux autorités.

Le journaliste conteste les charges

Dans une déclaration transmise depuis sa prison, Alican Uludag affirme n’avoir « pas dévié de son travail journalistique ». Il estime que la majorité des membres de la justice turque sont « eux-mêmes préoccupés par la politisation croissante des procédures ». Il ajoute : « Je continuerai à rechercher la vérité. Je ne reconnais aucune des accusations. » Il qualifie son expérience carcérale de paradoxale : difficile sur le plan personnel, mais sur le plan journalistique, précieuse pour son travail de chroniqueur judiciaire.

Un climat de répression médiatique

Depuis son arrestation en février, plusieurs autres procès contre des professionnels des médias ont eu lieu en Turquie, aboutissant à davantage de condamnations de journalistes que ce qui est habituellement prononcé en une année entière. Dans l’indice mondial de la liberté de la presse 2026 de RSF, la Turquie a reculé de quatre places pour se classer 163e sur 180 pays. La censure, les sanctions judiciaires et la crainte de poursuites pénales font de plus en plus partie du quotidien des journalistes turcs.

Mobilisation et réactions

Fin mars, des journalistes turcs avaient manifesté à Ankara pour réclamer la libération d’Uludag. Reporters sans frontières, qui suit de près le dossier, considère que les garanties fondamentales du droit à l’information sont remises en cause. L’audience de jeudi est la première comparution du journaliste depuis son incarcération.