Les géants pétroliers américains ExxonMobil et ConocoPhillips ont fait savoir aux autorités vénézuéliennes qu'ils étaient prêts à reprendre leurs activités dans le pays, à condition d'obtenir des garanties solides protégeant leurs investissements. Cette information, confirmée par des sources proches des négociations, intervient alors que le gouvernement de Nicolás Maduro tente d'attirer à nouveau les capitaux étrangers pour relancer l'industrie pétrolière, frappée par des années de sous-investissement et les sanctions internationales.
Les deux compagnies, qui possèdent des antécédents contentieux avec l'État vénézuélien, exigent notamment des mécanismes de protection juridique contre d'éventuelles expropriations, ainsi que des garanties sur le rapatriement des bénéfices et la stabilité fiscale. ExxonMobil et ConocoPhillips avaient été expulsées du pays après la nationalisation de leurs actifs dans les années 2000 et 2010, ce qui avait donné lieu à des arbitrages internationaux coûteux pour Caracas.
Des négociations dans un climat de détente
Ces requêtes interviennent dans un contexte de rapprochement entre Washington et Caracas. Les États-Unis ont assoupli certaines sanctions pétrolières en échange d'avancées politiques de la part du gouvernement Maduro, notamment la tenue d'élections présidentielles sous supervision internationale. Toutefois, la levée complète des restrictions demeure conditionnée à des progrès concrets en matière de démocratisation.
Pour le Venezuela, le retour de ces majors représente un enjeu crucial. La production pétrolière du pays, autrefois l'une des plus élevées au monde, s'est effondrée à environ 800 000 barils par jour, contre 3,5 millions au début des années 2000. La compagnie nationale PDVSA manque cruellement de capitaux et de technologies pour remettre en état ses infrastructures vieillissantes.
Des précédents qui compliquent la confiance
Les exigences d'ExxonMobil et ConocoPhillips s'expliquent par les expériences passées. En 2007, le gouvernement d'Hugo Chávez avait nationalisé les projets pétroliers de l'Orénoque, forçant ExxonMobil à quitter le pays. La compagnie avait alors obtenu une sentence arbitrale de 1,4 milliard de dollars au titre de la Chambre de commerce internationale, compensation que le Venezuela n'a toujours pas intégralement versée. ConocoPhillips, de son côté, avait remporté un arbitrage de 8,7 milliards de dollars auprès du tribunal de la Banque mondiale, dont elle tente de recouvrer le montant via des saisies d'actifs vénézuéliens à l'étranger.
Ces litiges non résolus constituent un obstacle majeur à tout nouvel accord. Les compagnies demandent que les sommes dues soient soit réglées, soit intégrées dans un nouveau cadre contractuel qui écarterait tout risque de double peine. Les négociations en cours portent en partie sur la possibilité d'un règlement global incluant les dettes passées en échange d'un engagement à long terme.
Position de Caracas
Le gouvernement vénézuélien, par la voix de son ministre du Pétrole, a réaffirmé sa volonté d'accueillir les investisseurs étrangers, tout en rappelant que les termes des futurs contrats devront respecter la souveraineté nationale. Des sources diplomatiques indiquent que Caracas serait prêt à offrir des conditions favorables, mais sans aller jusqu'à une privatisation complète du secteur. Le modèle envisagé serait celui de coentreprises (joint-ventures) dans lesquelles PDVSA conserverait une participation majoritaire.
Implications régionales
Cette possible renaissance des investissements américains au Venezuela s'inscrit dans un mouvement plus large de recomposition des alliances énergétiques en Amérique latine. Alors que la Russie et la Chine ont réduit leur présence dans le pays en raison des sanctions et des difficultés opérationnelles, les compagnies occidentales voient une fenêtre d'opportunité. Toutefois, la perspective d'un retour d'ExxonMobil et ConocoPhillips suscite également des réticences au sein de l'opposition vénézuélienne, qui craint que le gouvernement Maduro n'utilise ces revenus pour se maintenir au pouvoir sans procéder aux réformes démocratiques promises.
Prochaines étapes
Les discussions, décrites comme « exploratoires » par des sources proches du dossier, devraient se poursuivre dans les semaines à venir. Aucun calendrier n'a été fixé pour une éventuelle signature d'accords, mais les analystes estiment que tout aboutissement nécessitera au préalable une résolution – ou à tout le moins une suspension – des contentieux arbitraux en cours. Les observateurs soulignent que la crédibilité du Venezuela comme destination d'investissement dépendra de sa capacité à offrir un cadre juridique stable, ce qui passe par une réforme en profondeur de son système judiciaire et de son environnement des affaires.