Un choix technique qui tranche avec les habitudes
Le premier SUV de Ferrari, la Purosangue, dévoilé en 2022, avait suscité autant de curiosité que d'inquiétude chez les puristes. La même fébrilité a accompagné la révélation, le 25 mai, de la toute première Ferrari à motorisation 100 % électrique, baptisée Luce. Sa carrosserie de berline à quatre portes rompt avec les canons de la marque, et sa silhouette surbaissée – à contre-courant de la mode des SUV – vise à réduire la résistance au roulement pour optimiser l'autonomie et la consommation d'énergie.
Mais le choix qui a le plus surpris les amateurs concerne la bande-son. Alors que de nombreux constructeurs, comme Porsche avec son Cayenne Electric, proposent des simulations sonores de moteurs à combustion (V8, V6, etc.), Ferrari a délibérément écarté cette voie. « Ferrari est d'avis que l'imitation est mère de déception », résume le constructeur. Les ingénieurs ont estimé que le client exigeant ne serait pas dupe d'un faux-semblant de moteur V12, V8 ou V6, et qu'il valait mieux explorer d'autres pistes.
Un son « authentique et fonctionnel » amplifié par 24 canaux
L'approche retenue repose sur un principe fondamental : le son doit être « authentique et fonctionnel, issu directement de la mécanique du véhicule et au service de l'expérience de conduite ». Plutôt qu'un synthétiseur, la Luce utilise des accéléromètres placés au centre de chacun des essieux, qui captent les vibrations réelles émises par les composants mécaniques et électriques en rotation. Ces sons sont ensuite isolés, filtrés, égalisés puis amplifiés via 24 canaux offrant une puissance de 3 000 watts, grâce à un système développé et breveté par Ferrari. Le constructeur précise que ce procédé met en valeur les composantes les plus fines et atténue les moins souhaitables.
Le résultat, selon Ferrari, est « un son vivant, distinctif par rapport à un moteur à combustion interne tout en s'en rapprochant, avec des micro-variations et des nuances en constante évolution, inhérentes à la nature analogique de la source ». Le volume et la texture varient en fonction du mode de conduite sélectionné via le e-Manettino et les palettes au volant. Le son est diffusé à la fois dans l'habitacle et à l'extérieur du véhicule, permettant aux passants comme aux occupants d'en profiter.
Entre expression sonore et silence absolu
Ferrari souligne que l'ouïe reçoit ce retour « de manière naturelle, instantanée et non intrusive, enrichissant l'expérience de conduite ». Le conducteur peut toutefois moduler cette expérience : en agissant sur le Manettino, il peut passer d'une expression sonore maximale à un « mode de concentration silencieuse », que la marque décrit comme le « confort absolu du silence ». Il reste à voir si les clients – et les puristes – adopteront ces bruits venus d'ailleurs. La Luce, en refusant la nostalgie sonore du V12, pose un nouveau jalon dans l'histoire sonore de la firme de Maranello.