Un tournant historique pour la marque au cheval cabré

Ferrari a levé le voile sur sa première voiture entièrement électrique, un modèle inédit à quatre portes et cinq places nommé « Luce » – qui signifie « lumière » en italien. Présentée à Rome cette semaine, la Luce marque une double rupture dans l'histoire du constructeur de Maranello : c'est à la fois son premier véhicule zéro émission et le premier capable d'accueillir cinq occupants, avec un coffre de 600 litres.

Le développement de ce modèle a bénéficié de la collaboration de Jony Ive, l'ancien directeur du design d'Apple, et de son collectif LoveFrom. Ferrari indique que les premiers exemplaires seront livrés à partir du quatrième trimestre 2026, pour un prix de l'ordre de 550 000 euros (environ 640 000 dollars).

Un contexte de marché tendu

Le lancement intervient alors que l'industrie automobile traverse une période délicate pour ses projets d'électrification. Plusieurs grands constructeurs, y compris Ferrari, ont revu à la baisse leurs objectifs en matière de véhicules électriques, en raison des incertitudes sur le marché américain et de la concurrence croissante des fabricants chinois. Parallèlement, la guerre en Iran et la flambée des prix du carburant ont rappelé certains avantages des motorisations électriques.

Réactions des marchés et du public

L'accueil des investisseurs a été frileux. Mardi, après le jour férié de la Pentecôte, l'action Ferrari a chuté d'environ 6 % à la Bourse de Milan, effaçant près de 3,7 milliards d'euros de capitalisation boursière. Le titre s'est ensuite stabilisé.

Sur les réseaux sociaux, les commentaires ont surtout porté sur le design extérieur du véhicule, jugé par certains peu conventionnel pour la marque, davantage que sur sa motorisation électrique ou la stratégie qu'elle implique.

Les arguments de Ferrari

Les pilotes de Formule 1 de l'écurie Ferrari, Lewis Hamilton et Charles Leclerc, ont dévoilé la voiture lors de l'événement romain, revenant tout juste du Grand Prix de Montréal. Le directeur général Benedetto Vigna a souligné que la Luce est « le résultat de cinq années de travail », rappelant les longs cycles de recherche et développement propres au secteur.

Le directeur marketing et commercial Enrico Galliera a expliqué que « dans notre clientèle, beaucoup cherchent encore quelque chose de complètement différent, à utiliser dans des moments différents de la vie ». Benedetto Vigna a également indiqué que la moitié des commandes de la Luce devraient provenir de nouveaux clients.

Cibler la Chine et une clientèle plus jeune

Avec ce modèle spacieux, Ferrari espère conquérir des marchés comme la Chine, où l'usage des véhicules électriques est déjà très répandu et où les grosses cylindrées thermiques sont lourdement taxées. La Luce dispose d'un habitacle conçu pour cinq passagers et d'un volume de coffre inédit pour la marque.

Performances et fiche technique

Si les chiffres définitifs n'ont pas tous été communiqués, la source indique un poids de 2,2 tonnes. Ferrari mise sur une plateforme technique développée grâce à son expérience en Formule 1, qui lui permet d'avancer un programme de recherche électrique haute performance. Contrairement à certains concurrents comme Tesla ou les jeunes marques chinoises, Ferrari a conservé une instrumentation traditionnelle sur le tableau de bord, sans tout regrouper sur un unique écran tactile.

Un pari stratégique pour l'avenir

Avec la Luce, Ferrari opère un virage significatif : passer des moteurs V12 rugissants à une motorisation silencieuse, tout en élargissant sa gamme vers une clientèle familiale ou citadine. Le constructeur entend ainsi rester compétitif face à la transition électrique, sans renoncer à son ADN de performance et d'exclusivité.