Ferrari a dévoilé son premier modèle entièrement électrique, le Luce, un coupé cinq-places vendu à partir de 640 000 dollars (environ 474 000 livres sterling). La présentation, qui s'est tenue à Rome, marque un tournant pour le constructeur italien de voitures de sport, traditionnellement attaché aux motorisations thermiques.

Dès l'annonce, les investisseurs ont sanctionné le groupe. Mardi, l'action Ferrari a chuté de plus de 8 % à la Bourse de Milan et de plus de 5 % à New York. Sur les douze derniers mois, le titre a déjà perdu plus de 30 %, dans un contexte de ralentissement du luxe mondial lié à l'inflation.

Un virage électrique historique

Le Luce, dont le nom signifie « lumière » en italien, a été développé pendant cinq ans sous la direction du directeur général Benedetto Vigna. Il s'agit du premier modèle de la marque à accueillir cinq passagers, une rupture avec l'habitacle biplace habituel des Ferrari. Sa conception a été réalisée en collaboration avec l'agence LoveFrom, fondée par l'ancien responsable du design d'Apple, Jony Ive.

Le véhicule est équipé de quatre moteurs électriques fabriqués en interne, un par roue, ce qui lui permet d'atteindre 100 km/h en environ 2,5 secondes. Ferrari assure que tous les composants sont réalisés dans ses propres ateliers, afin de garantir une réparabilité sur le long terme et de préserver la valeur de revente du modèle.

Un design qui divise

Les réactions sur les réseaux sociaux ont été particulièrement contrastées. Certains commentateurs ont qualifié le Luce de « straight to the junkyard trash » (bon pour la casse) et ont estimé que Ferrari « avait tué sa marque comme Jaguar l'avait fait ». D'autres y ont vu au contraire un « absolute masterclass in design » (un chef-d'œuvre absolu de design).

Le directeur du design de Ferrari, Flavio Manzoni, a reconnu dans un entretien que le concept d'une Ferrari électrique dotée d'un style nouveau était « polarisant ». Il s'est dit convaincu que le véhicule serait apprécié dans les mois à venir. Ferrari a précisé qu'elle continuerait de proposer des modèles essence et hybrides en parallèle de son offre électrique.

Des concurrents prudents

Le lancement du Luce intervient dans un contexte où plusieurs rivaux de Ferrari réduisent leurs ambitions dans le véhicule électrique. Lamborghini a abandonné ses projets de modèles tout-électrique pour se concentrer sur l'hybride, invoquant une demande insuffisante pour les voitures de luxe électriques. Porsche a également revu ses plans à la baisse en raison d'une demande faible, de difficultés en Chine et de l'instauration de droits de douane aux États-Unis.

Les constructeurs occidentaux subissent par ailleurs une concurrence croissante des marques chinoises, capables de produire des véhicules plus rapidement et à moindre coût.

Une stratégie de marque exclusive

Ferrari reste le constructeur automobile le plus valorisé d'Europe, grâce à une stratégie fondée sur l'exclusivité et la rareté. Cette approche l'a jusqu'ici protégée des pressions qui pèsent sur ses concurrents. Le Luce, avec son prix élevé et sa production limitée, s'inscrit dans cette logique. Le constructeur espère que l'intégration verticale de la production – tous les composants clés étant fabriqués en interne – rassurera les collectionneurs sur la pérennité du modèle.

Malgré la chute boursière, Ferrari mise sur la force de sa marque et sur la diversité de sa gamme pour traverser la transition énergétique sans perdre son identité. Le Luce devrait être livré à partir de la fin de l'année.