Un renouveau venu du « Slow Flower »

Alors que 85 % des fleurs commercialisées en France proviennent de l’étranger, un mouvement discret mais dynamique tente d’inverser la tendance. Depuis moins d’une décennie, des fermes florales biologiques se multiplient sur le territoire, portées par l’engouement pour les fleurs locales et de saison. Ce courant s’inscrit dans le mouvement « Slow Flower », inspiré du « Slow Movement » qui prône un mode de vie ralenti et une réduction de l’empreinte environnementale.

Émeline Declerck incarne cette nouvelle génération. Installée depuis 2018 à Plouigneau, dans le nord du Finistère, elle cultive sur 1,4 hectare des centaines de variétés de fleurs, ainsi que quelques arbustes comme l’eucalyptus. Ses bouquets sont vendus sur les marchés, en magasin bio ou à des grossistes. Sa ferme, baptisée Lescinquit, fait partie des premières exploitations bio dédiées à la fleur coupée en France.

« Un boom des installations »

Ce renouveau est confirmé par Églantine Berthet, floricultrice alsacienne et membre de la Confédération paysanne, qui parle d’un « boom des installations ». Faute de données officielles, le phénomène reste difficile à quantifier. Selon Valhor, l’interprofession française de l’horticulture, on recense aujourd’hui 278 entreprises de fleurs coupées, représentant 457 hectares de surface agricole – sans distinguer celles labellisées bio.

L’essor trouve ses racines outre-Atlantique. La ferme américaine Floret Flower, pionnière du mouvement « Slow Flower » dès 2005-2006, a montré qu’il était possible de cultiver des fleurs de saison dans le respect de l’environnement. « Floret Flower a su très bien communiquer sur le sujet », explique Perrine Le Méhauté, floricultrice également installée dans le Finistère. Des fermes fleurissent d’abord aux États-Unis, au Canada, en Angleterre, puis en France.

Des formations et semences bio insuffisantes

Si la filière bio séduit, elle se heurte à des obstacles structurels. « On n’a pas de formation en fleur coupée bio en France », regrette Émeline Declerck, qui s’est formée par un BTS Production horticole après avoir découvert le concept au Canada. Les itinéraires techniques – ces guides qui détaillent la culture de chaque plante – « n’existent quasiment que pour des fleurs cultivées en agriculture conventionnelle », ajoute-t-elle.

Les semences bio manquent également. Les floricultrices, majoritairement des femmes, expérimentent, échangent et bricolent pour adapter leurs pratiques. Émeline a ainsi dû arrêter d’arroser ses Daucus Carota Dara tant la plante poussait vigoureusement, preuve que la culture biologique réserve son lot de surprises.

Un métier artisanal qui se construit

Au quotidien, la récolte est minutieuse : 50 tiges de muflier, 100 tiges de giroflée, des statices mauves ou jaunes, des orlayas, des nigelles, des dahlias, des pavots, des bleuets… Sous la serre comme en plein champ, chaque plante demande une attention particulière. Émeline Declerck, ancienne monteuse vidéo, a troqué la caméra pour le sécateur sans regret. « J’ai dû arrêter de l’arroser tellement elle ne cessait de pousser », dit-elle en parlant du Daucus Carota Dara.

Ce mouvement, bien que modeste en volume, témoigne d’une aspiration à une agriculture plus respectueuse de l’environnement et des saisons. La filière française de la fleur coupée, qui avait connu son apogée dans les années 1950 avant de décliner face à la concurrence internationale, trouve peut-être là une nouvelle voie, artisanale et locale.