Sur l'avenue colorée de Karangahape Road à Auckland, une laverie automatique sert également d'installation musicale. Créée par le musicien Jefferson Chen, 34 ans, et l'artiste Quentin Lind, 32 ans, elle offre aux clients la possibilité d'écouter des morceaux pendant que leur linge tourne. « Il est très facile d'exister en ligne sans avoir ces liens, et nous perdons aussi lentement nos espaces publics », explique Quentin Lind. Ce lieu a été conçu pour rassembler des personnes d'horizons différents, une préoccupation croissante en Nouvelle-Zélande.
Un constat de fracture sociale
Un rapport publié en mai par la Fondation Helen Clark, présidée par l'ancienne Première ministre néo-zélandaise, analyse la cohésion sociale dans le pays de 5,3 millions d'habitants. Il constate que tous les indicateurs clés se dégradent : stress financier, baisse de la confiance dans le gouvernement et hausse de l'isolement. L'économiste Shamubeel Eaqub, co-auteur du rapport, affirme que la Nouvelle-Zélande n'est pas encore polarisée, mais qu'elle devient « fracturée ». « Quand nous avons une société fracturée, il nous est difficile de nous rencontrer au-delà des différences et de prendre des décisions qui tiennent sur la durée », prévient-il.
Un espoir chez les jeunes
Malgré ce tableau, le rapport souligne que les Néo-Zélandais de moins de 35 ans se montrent plus optimistes que les générations plus âgées quant à la capacité de la société à surmonter ses divisions. Cette lueur d'espoir contraste avec la tendance générale à l'éloignement. Les jeunes semblent davantage enclins à créer des espaces de rencontre, comme le montre l'initiative de Chen et Lind. Pour ces derniers, le choix d'une laverie plutôt qu'une galerie ou un site en ligne vise à remplir une fonction sociale : réunir des gens qui ne se croiseraient pas autrement.
Un défi pour l'avenir
Le rapport de la Fondation Helen Clark invite à réfléchir aux moyens de renforcer la cohésion sociale alors que la confiance institutionnelle s'érode. La fracture n'est pas encore un gouffre, mais les auteurs appellent à des actions concrètes pour recréer des liens dans un pays où les espaces publics se raréfient et où la vie numérique isole. L'optimisme des jeunes pourrait être une clé, mais il reste à voir comment les politiques publiques répondront à ce défi.