Alors que les familles musulmanes du monde entier célébraient l'Aïd al-Adha, les habitants de la bande de Gaza ont vécu cette fête sous le signe des décombres et de l'incertitude, a-t-on appris de témoins et de correspondants sur place.

Une fête sur les gravats

À Khan Younès comme à Gaza-ville, des Palestiniens ont été vus en train de prier et de partager un repas dans des rues jonchées de débris, devant des immeubles effondrés ou éventrés par les bombardements. De nombreuses familles, déplacées à plusieurs reprises depuis le début des hostilités, se sont rassemblées dans des tentes de fortune ou dans les ruines de ce qui furent leurs maisons.

"Nous n'avons plus de maison, plus d'argent pour acheter un mouton, mais nous essayons de garder espoir. L'Aïd est un moment pour se souvenir de Dieu et de notre foi", a confié un habitant de Gaza interrogé sur place.

Troisième Aïd en temps de guerre

Cet Aïd al-Adha est le troisième que les Gazaouis passent sous les bombes ou dans un contexte de conflit ouvert, depuis le début de l'offensive israélienne déclenchée en riposte aux attaques du 7 octobre 2023. Les marchés, autrefois animés par l'achat de moutons et de victuailles, sont quasi vides ; le pouvoir d'achat s'est effondré et les denrées alimentaires de base manquent.

"Les enfants ne comprennent pas pourquoi nous ne pouvons pas célébrer comme avant. Nous essayons de leur offrir un peu de joie, mais c'est difficile quand tout est détruit autour de nous", a témoigné une mère de famille déplacée dans le sud de l'enclave.

Un contexte humanitaire toujours dramatique

L'offensive israélienne, qui a fait des dizaines de milliers de morts et de blessés selon les autorités sanitaires locales, a également réduit en cendres une grande partie des infrastructures civiles : écoles, hôpitaux, mosquées et réseaux d'eau. L'aide humanitaire, entravée par les restrictions d'accès et les combats, ne parvient qu'au compte-gouttes, laissant une grande partie de la population en situation d'insécurité alimentaire sévère.

"C'est un Aïd amer. Nous sommes fatigués, nous avons perdu tant de proches. Mais nous sommes toujours là, nous prions pour que cette guerre cesse", a ajouté un témoin depuis Khan Younès.

Les images filmées sur place montrent des enfants jouant dans la poussière des gravats, tandis que des adultes tentent de dresser des tentes ou d'allumer des feux pour cuire les quelques aliments disponibles. Les autorités locales et les organisations humanitaires appellent à un cessez-le-feu immédiat et à un accès sans entrave pour l'aide, afin d'éviter une famine qui menace une partie de la population.