Alors que l’intelligence artificielle (IA) ne cesse de gagner en capacités et de s’immiscer dans tous les secteurs de la société, l’entrepreneur Gilles Babinet, fondateur et président de la Mission Café IA, met en garde contre une forme de soumission technologique. Invité de l’émission « Questions directes » le 27 mai 2026, il a présenté les thèses de son dernier livre, « Le péril IA – Devenir des machines ou rester vivants ? », dans lequel il plaide pour une remise à distance de la technologie.
« Ce n’est pas notre finalité »
Pour Gilles Babinet, l’humanité court le risque de s’engager dans une « marche forcée vers un monde tout-IA » où l’innovation dicterait le rythme et le sens de nos vies. Il suggère au contraire de « remettre la technologie à sa place » et rappelle que l’IA « n’est pas notre finalité ». Cette mise en garde intervient dans un contexte de déploiement accéléré de systèmes d’IA générative, d’automatisation massive et de course à la puissance de calcul entre grandes puissances technologiques.
Un appel à rester vivants
Le titre de son ouvrage, « Devenir des machines ou rester vivants ? », traduit une interrogation centrale : la société doit-elle se plier aux impératifs de l’efficacité algorithmique et de la rationalité machine, ou bien réaffirmer des valeurs proprement humaines – le doute, l’émotion, l’imperfection, la créativité – que les machines ne peuvent reproduire ? Gilles Babinet ne rejette pas pour autant l’IA : il en connaît les apports potentiels dans la médecine, l’éducation ou l’environnement. Mais il alerte sur le risque de perdre ce qui fait le propre de l’humain si la technologie devient une fin en soi.
La Mission Café IA, un laboratoire de réflexion
Gilles Babinet préside la Mission Café IA, une initiative qui vise à informer et à sensibiliser le grand public aux enjeux de l’intelligence artificielle, à travers des rencontres, des débats et des publications. C’est dans le cadre de cette mission qu’il a développé une réflexion critique sur la place de l’IA dans la société, refusant à la fois le techno-solutionnisme naïf et le rejet technophobe.
Un débat qui s’amplifie
Les propos de Gilles Babinet s’inscrivent dans un débat international grandissant autour de la régulation de l’IA, des biais algorithmiques, de la suppression d’emplois et de la manipulation de l’information. Plusieurs gouvernements et institutions (Union européenne, ONU) tentent d’élaborer des cadres juridiques et éthiques, tandis que des collectifs de chercheurs et de citoyens appellent à des moratoires sur certaines applications. L’ouvrage de Gilles Babinet apporte une voix française à ce dialogue, en insistant sur la nécessité de redonner à l’humain le premier rôle.
Un message d’équilibre
Loin d’un discours alarmiste, le président de la Mission Café IA prône un équilibre : exploiter les bénéfices de l’IA sans se laisser dominer par elle, et sans renoncer aux libertés, à la vie privée ou à la capacité de décider collectivement de notre avenir. Dans son livre, il invite les citoyens, les décideurs et les ingénieurs à sortir de l’alternative binaire « tout-IA ou rien » pour imaginer des usages maîtrisés, éthiques et réellement utiles.
Conclusion
Gilles Babinet conclut son intervention en rappelant que la question centrale n’est pas ce que l’IA peut faire, mais ce que nous, humains, souhaitons en faire. « Le péril IA », publié en 2026, se présente ainsi comme un manifeste pour une technologie au service de la vie, et non l’inverse.