Avec 180 millions de développeurs dans le monde, 90 % des entreprises du Fortune 100 parmi ses clients et plus de 1,8 million d’abonnés payants, GitHub reste la plateforme de référence pour l’hébergement de code. Pourtant, sous ces chiffres flatteurs, la filiale de Microsoft traverse la crise la plus profonde de son histoire, accumulant pannes techniques, failles de sécurité, départs de cadres et une concurrence d’une rare intensité dans le domaine de l’intelligence artificielle.
Une hémorragie de dirigeants
L’année 2025 a été marquée par une série de départs au sommet de GitHub. En août, le PDG Thomas Dohmke a quitté ses fonctions pour fonder sa propre start-up, Entire, levée à 60 millions de dollars. Plutôt que de lui désigner un successeur, Microsoft a placé GitHub directement sous la tutelle de son équipe CoreAI, dirigée par Jay Parikh, ancien directeur de l’ingénierie de Meta recruté par Satya Nadella. Cette décision a heurté les « Hubbers », habitués à une large autonomie depuis le rachat de 2018. Julia Liuson, après 34 ans chez Microsoft et en charge de la supervision de la plateforme, a annoncé sa démission en août 2025. Elizabeth Pemmerl, directrice des revenus, a également claqué la porte. Jared Palmer, vice-président senior arrivé en octobre 2025, a migré en interne vers la division Xbox, rejoignant Asha Sharma, qui puise dans les effectifs de CoreAI pour constituer sa nouvelle équipe.
Pannes et failles qui érodent la confiance
Sur le plan technique, GitHub enchaîne les incidents majeurs. Le directeur technique Vladimir Fedorov, en poste depuis un an seulement, a dû présenter des excuses publiques. Il a lancé un vaste chantier de migration vers Azure pour résoudre les problèmes de capacité, mais les pannes survenues au cours de ce processus ont exaspéré la communauté des développeurs. En mars 2025, la société de cybersécurité Wiz Research a découvert une faille critique dans l’infrastructure Git interne de GitHub, susceptible de donner accès à des millions de dépôts publics et privés. La plateforme l’a corrigée en moins de six heures, mais l’épisode a laissé des traces. Peu après, 3 800 dépôts de code internes ont été compromis après l’installation par un employé d’une extension malveillante pour l’environnement de développement VS Code.
La concurrence de l’IA rattrape Copilot
GitHub Copilot, l’outil d’assistance au code par intelligence artificielle, avait pris une avance précoce. Mais il est désormais talonné par plusieurs rivaux. Cursor s’est imposé comme un standard chez les développeurs professionnels, tandis que Claude Code, développé par Anthropic, connaît une ascension fulgurante, sans oublier Codex d’OpenAI. Selon des alertes internes, Jay Parikh lui-même aurait signalé en privé que GitHub « fait face à une menace critique ». Microsoft aurait un temps envisagé d’acquérir Cursor pour combler les lacunes de Copilot, mais c’est finalement Elon Musk qui s’est positionné sur la start-up. Face à cette pression, la plateforme doit prouver qu’elle peut encore être le leader du développement logiciel.
Microsoft peut-il sauver GitHub ?
L’intégration plus poussée dans l’écosystème Microsoft, via CoreAI et Azure, est censée apporter des ressources et une stabilité. Mais les tensions internes, les départs et les failles de sécurité suscitent des doutes. La communauté open source, déjà méfiante lors du rachat en 2018, observe avec inquiétude ces signaux. Alors que l’IA transforme les métiers du code, GitHub devra retrouver sa fiabilité et son innovation pour ne pas se faire dépasser par des acteurs plus agiles. Microsoft a les moyens d’investir, mais le temps presse.