Le 27 mai 1926, à Targuist, dans le nord du Maroc, Abdelkrim el-Khattabi se rendait aux forces françaises commandées par le colonel André Corap, mettant fin à la guerre du Rif. Cent ans après, cette épopée continue de marquer les esprits, bien au-delà des frontières du royaume.

Une figure de la résistance anticoloniale

Abdelkrim el-Khattabi, chef de la République confédérée du Rif de 1921 à 1926, est resté dans l'histoire comme l'un des principaux artisans de la lutte contre la colonisation en Afrique du Nord. Après avoir d'abord combattu les troupes espagnoles, il avait proclamé un État indépendant dans la région montagneuse du Rif. Sa défaite face aux armées française et espagnole coalisées a marqué la fin de cette tentative d'émancipation, mais n'a pas effacé la portée de son combat.

Un héritage politique et mémoriel

Au Maroc, la figure d'Abdelkrim el-Khattabi est aujourd'hui célébrée comme un symbole de résistance contre la colonisation. Plusieurs manifestations commémoratives ont été organisées ces derniers jours dans différentes villes du pays, notamment à Targuist et à Nador, réunissant des militants, des intellectuels et des descendants de combattants rifains. Ces rassemblements rappellent que si l'auteur de la reddition a été exilé, son idéal d'indépendance et de dignité continue d'inspirer.

Un souvenir qui transcende le Maroc

L'héritage d'Abdelkrim el-Khattabi dépasse les frontières marocaines. Dans plusieurs pays d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient, son nom est régulièrement invoqué par les mouvements contestataires comme celui d'un précurseur des luttes anti-impérialistes. Certains historiens estiment que son modèle de guérilla et d'organisation politique a influencé des mouvements de libération nationale ultérieurs, de l'Indochine à l'Algérie.

Entre reconnaissance officielle et silence

Au Maroc, la commémoration officielle de l'événement reste néanmoins nuancée. Si le pouvoir monarchique n'a jamais officiellement reconnu la République du Rif, il célèbre régulièrement la figure d'Abdelkrim el-Khattabi en tant que héros national. Des rues et des places portent son nom dans plusieurs villes du royaume, et son portrait est encore brandi lors de manifestations. En 2024, le gouvernement marocain a créé un musée de la résistance à Al Hoceïma, où une place a été dédiée à sa mémoire. Pour certains acteurs politiques et associatifs, ces gestes ne suffisent pas ; ils réclament la réhabilitation officielle de la République confédérée du Rif et la reconnaissance de son apport à l'histoire du Maroc.

Une mémoire vivante chez les jeunes générations

Les jeunes Marocains, notamment via les réseaux sociaux, redécouvrent cette page d'histoire. Des pages, des comptes et des vidéos consacrés à Abdelkrim el-Khattabi et à la guerre du Rif connaissent un fort engouement. Ce regain d'intérêt s'explique par une quête identitaire et par une volonté de comprendre les racines des inégalités régionales actuelles. Des podcasts, des documentaires et des essais historiques sortent régulièrement sur le sujet, contribuant à maintenir cette mémoire en éveil.

Des enjeux mémoriels et politiques contemporains

La guerre du Rif est également invoquée dans les débats politiques contemporains. Certains mouvements de la région du Rif, qui revendiquent une meilleure répartition des richesses et plus de développement local, se réfèrent à cette période comme à un âge d'or perdu d'autonomie et de dignité. Pour les autorités, qui insistent sur l'unité nationale et la souveraineté, cette référence est parfois perçue comme une menace. Cependant, l'historien et chercheur Ahmed Boukous rappelle que « la mémoire d'Abdelkrim el-Khattabi transcende les clivages politiques ; elle est un patrimoine commun à tous les Marocains ».

Conclusion : un héritage qui ne s'éteint pas

Cent ans après la fin de la guerre du Rif, l'héritage d'Abdelkrim el-Khattabi demeure un sujet d'histoire, de mémoire et de politique. Entre célébration officielle, réappropriation populaire et revendications identitaires, son nom continue de résonner fortement dans la société marocaine et au-delà. La commémoration de ce centenaire rappelle que certaines figures historiques, par la force de leur combat et de leur idéal, restent vivantes bien après leur disparition.