Les guerres en Ukraine et en Iran, bien que géographiquement éloignées, partagent des caractéristiques fondamentales qui dépassent les apparences. Depuis le début de l’offensive américano-israélienne contre l’Iran le 28 février dernier, et plus de quatre ans après le déclenchement de l’invasion russe en Ukraine, les observateurs notent des parallèles frappants dans le déroulement des hostilités, les stratégies employées et les désillusions des belligérants.
Des espoirs de victoire rapide déçus
Dans les deux cas, la puissance militaire supérieure n’a pas permis de remporter une victoire éclair. Vladimir Poutine escomptait une conquête rapide de l’Ukraine lorsqu’il a lancé son « opération spéciale ». De son côté, le président américain Donald Trump avait promis que l’« excursion » contre l’Iran ne durerait que quatre à cinq semaines. Près de trois mois plus tard, le conflit iranien s’enlise, tout comme celui en Ukraine. « Pour la Russie comme pour les États-Unis, il y a beaucoup d’attentes non satisfaites concernant leurs opérations militaires », analyse Nicole Grajewski, experte de l’Iran et de la Russie et professeure à Sciences Po à Paris, attribuant cet échec à « l’hubris des deux côtés ».
L’asymétrie comme force d’équilibre
Face à des armées conventionnelles nettement plus puissantes, l’Ukraine et l’Iran ont tous deux adopté des tactiques asymétriques pour compenser leur infériorité. L’usage intensif des drones en est l’illustration la plus marquante. Dans les deux conflits, les frappes de drones ont changé la donne, permettant aux forces les plus faibles de toucher des cibles stratégiques ennemies. Les drones ukrainiens ont harcelé les lignes russes et même atteint Moscou, tandis que les drones iraniens ont menacé les navires américains dans le golfe Persique et ciblé Israël.
Une diplomatie en tension
Malgré les combats, des pourparlers ont récemment permis des progrès vers un plan de paix initial entre les États-Unis et l’Iran. Ces discussions, bien qu’encourageantes, restent fragiles en raison de nouvelles frappes américaines contre l’Iran lundi dernier. Cette situation rappelle les cycles de négociations infructueuses en Ukraine, où les avancées diplomatiques sont souvent contredites par l’intensification des opérations militaires. La guerre en Iran, comme celle en Ukraine, illustre la difficulté de concilier escalade sur le terrain et recherche d’un règlement politique.
Des leçons pour l’avenir
Au-delà des différences évidentes — guerre terrestre en Ukraine, guerre aérienne et navale en Iran —, les deux conflits offrent des enseignements convergents. Ils démontrent que la technologie, notamment la guerre par drones, bouleverse les rapports de force traditionnels. Ils soulignent aussi le rôle crucial des alliances internationales : le soutien occidental à l’Ukraine et l’axe Moscou-Téhéran redessinent les alignements globaux. Enfin, ils remettent en cause l’idée d’une guerre courte et décisive, même pour les plus grandes puissances. « Que ce soit en Ukraine ou en Iran, on voit que la guerre moderne est un mélange de haute technologie et de résilience des États plus faibles », conclut Nicole Grajewski.
Un miroir des conflits à venir
Analystes et stratèges s’accordent à dire que les similitudes entre ces deux guerres ne sont pas une coïncidence. Elles reflètent une tendance plus large des conflits contemporains, où la supériorité conventionnelle ne garantit plus la victoire, où les drones redéfinissent le champ de bataille, et où la diplomatie avance au rythme des frappes. La guerre en Iran, bien que très différente dans sa forme initiale, confirme les dynamiques déjà observées en Ukraine. Les deux conflits pourraient bien devenir le modèle des affrontements du XXIe siècle.