L'Union européenne a lancé une mise en garde ferme contre ce qu'elle décrit comme un « piège » tendu par la Russie, après que le président Vladimir Poutine a suggéré le nom de l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder comme médiateur potentiel entre Moscou et les Européens. Selon des sources diplomatiques, les services européens ont adressé une note aux États membres pour les alerter sur le caractère « toxique » et « dangereux » d'une telle désignation, susceptible de fragmenter la position commune de l'UE face à la guerre en Ukraine.
Une proposition controversée
Vladimir Poutine a évoqué le nom de Gerhard Schröder, qui fut chancelier d'Allemagne de 1998 à 2005, en marge de discussions informelles sur d'éventuelles négociations de paix. Schröder entretient depuis plusieurs décennies des liens étroits avec le Kremlin : il siège au conseil d'administration du géant gazier russe Gazprom et a été un fervent défenseur du gazoduc Nord Stream 2, aujourd'hui gelé. En Allemagne même, sa proximité avec Moscou lui a valu d'être exclu de son parti, le SPD, et d'être largement critiqué dans l'opinion publique.
La proposition russe intervient à un moment où les discussions sur la tenue éventuelle d'une conférence de paix s'intensifient, mais où aucun médiateur officiel n'a encore été désigné par l'Union européenne. Bruxelles craint qu'accepter Schröder ne revienne à légitimer un intermédiaire dont la partialité est jugée trop favorable à la Russie, ce qui pourrait affaiblir la crédibilité de l'UE dans tout processus de négociation.
Une mise en garde coordonnée
Dans sa communication aux Vingt-Sept, l'UE a estimé que cette proposition visait à créer une division artificielle entre les États membres, en exploitant les sensibilités allemandes et les liens historiques entre Berlin et Moscou. La note interne, dont le contenu a été rapporté par plusieurs sources concordantes, souligne que tout médiateur doit être « impartial, transparent et acceptable par toutes les parties ». L'UE recommande donc aux capitales de rejeter toute tentative d'imposer un interlocuteur unilatéralement choisi par la Russie.
Plusieurs pays, notamment les États baltes, la Pologne et les pays nordiques, ont déjà exprimé leur opposition à un tel scénario. Ils considèrent que Schröder, par ses activités passées et présentes, n'offre pas les garanties de neutralité nécessaires. En revanche, certaines voix en Allemagne et en France se sont montrées plus prudentes, appelant à ne pas fermer la porte à toute discussion. L'UE rappelle que toute décision sur un médiateur doit être prise collectivement et en coordination avec l'Ukraine.
Les enjeux d'une médiation
La question de la médiation se pose avec acuité alors que la guerre dure depuis plus d'un an et que les tentatives de dialogue direct entre Kiev et Moscou sont au point mort. Plusieurs médiateurs potentiels ont été évoqués, de la Turquie à la Chine, mais aucun n'a encore obtenu l'aval des deux camps. L'UE insiste sur le fait que son rôle doit rester celui d'un soutien à l'Ukraine, et non d'un intermédiaire imposé par la Russie.
La mise en garde de Bruxelles intervient également alors que l'Union européenne prépare un nouveau train de sanctions contre la Russie et examine les modalités d'utilisation des avoirs gelés de la banque centrale russe. Le contexte diplomatique est donc particulièrement tendu, toute initiative non coordonnée risquant de compromettre la solidarité européenne.
Réactions et suites
Pour l'heure, ni le gouvernement allemand ni Gerhard Schröder lui-même n'ont officiellement commenté cette proposition. Le chancelier Olaf Scholz, qui avait déjà pris ses distances avec son prédécesseur, n'a pas répondu directement à la suggestion de Poutine. Du côté de Kiev, la réaction est claire : tout médiateur jugé trop proche de Moscou est considéré comme inacceptable.
L'UE devrait aborder ce sujet lors de la prochaine réunion des chefs d'État et de gouvernement, afin de formaliser une position commune. En attendant, la mise en garde de Bruxelles vise à couper court à toute tentative de diviser les Européens sur un dossier aussi sensible.