Un nombre de contributeurs divisé par deux

Lancée en 2024 sous l'égide de la République tchèque, l'initiative destinée à acheter des munitions pour l'Ukraine connaît un sérieux reflux. Selon le président tchèque Petr Pavel, cité par le Financial Times, le nombre de pays participant financièrement au programme est tombé de dix-huit à neuf en l'espace d'un an. Ce repli intervient alors que Washington a déjà considérablement réduit son soutien militaire à Kiev.

Petr Pavel a précisé que l'initiative « fonctionne toujours », même si seuls « neuf États membres environ y contribuent financièrement ». Il a également rappelé que cette mobilisation avait permis de fournir « jusqu'à 50 % des munitions de gros calibre aux Ukrainiens ».

Les conséquences du retour d'Andrej Babiš

La baisse du nombre de contributeurs est directement liée à l'évolution politique en République tchèque. Andrej Babiš, milliardaire populiste et europhobe, a remporté les élections législatives d'octobre 2025 et est devenu Premier ministre. Durant sa campagne, il avait menacé de mettre fin au programme, invoquant un manque de transparence et doutant que l'initiative bénéficie réellement à l'industriel Czechoslovak Group (CSG), l'un des plus grands producteurs de munitions en Europe, associé dès le départ à ce dispositif.

Ces réticences affichées par le chef du gouvernement tchèque auraient refroidi plusieurs partenaires européens. Un responsable militaire occidental, interrogé par le Financial Times, a résumé la situation : certains États « estiment désormais étrange de financer une initiative qui n'est même pas véritablement soutenue par les dirigeants du pays chef de file ».

Quels pays restent engagés ?

Le cabinet du président tchèque n'a pas souhaité révéler le nom des pays qui se sont retirés. Toutefois, la même source militaire indique que l'Allemagne et plusieurs pays nordiques continuent de participer au programme. Parmi les principaux bailleurs de fonds initiaux figuraient également le Danemark et les Pays-Bas.

Des canaux alternatifs de livraison

Malgré cette diminution du nombre de contributeurs directs, le directeur général de CSG, Michal Strnad, se veut rassurant sur le volume final de munitions livrées à Kiev. Selon lui, certains pays ont simplement choisi de ne plus passer par le cadre collectif de l'initiative tchèque, mais continuent d'acheter des obus directement auprès des fabricants ou via d'autres canaux. « Certains pays donateurs ont tout simplement indiqué qu'ils ne souhaitaient plus financer l'initiative et qu'ils achètent donc directement auprès de nous ou d'autres fournisseurs », a-t-il expliqué.

Un bilan matériel important

Lancée en 2024 sous le gouvernement du conservateur pro-Ukraine Petr Fiala, l'initiative tchèque a permis de livrer près de quatre millions d'obus à l'armée ukrainienne en deux ans. Ce programme avait été conçu pour répondre à la grave pénurie de munitions d'artillerie rencontrée par l'Ukraine face à l'agression russe.