Alors que le conflit israélo-palestinien s’enlise et que les espoirs de paix s’amenuisent, une poignée d’entrepreneurs juifs et arabes choisit de miser sur la coopération économique. Le programme 50:50 Startups, lancé il y a sept ans, réunit chaque année des équipes composées de Palestiniens, d’Arabes israéliens et de Juifs israéliens pour un bootcamp entrepreneurial de six mois, qui se termine par une session de présentation aux investisseurs à Boston. Cette année, la guerre a réduit la taille de la promotion, mais n’a pas découragé les participants.
Un traumatisme surmonté par l’ambition Salah Hussein, 33 ans, originaire de Naplouse (Cisjordanie), se souvient du traumatisme qu’il a vécu enfant, réveillé au milieu de la nuit par des soldats israéliens chez lui. Pendant des années, tout uniforme israélien représentait pour lui une menace. Pourtant, aujourd’hui, il a volontairement associé son avenir à un cofondateur israélien juif. « Pour moi, ils étaient tous une menace », confie-t-il, mais la nécessité d’accéder à des ressources et à des capitaux, alliée à une conviction plus idéaliste, l’a poussé à franchir le pas. Hussein participe au programme avec un projet qui utilise l’intelligence artificielle et des caméras pour détecter et prévenir les parasites dans les serres.
Le pari risqué de la coopération La collaboration entre des personnes que tout oppose ajoute une difficulté supplémentaire à un pari déjà risqué : environ 90 % des start-ups échouent, selon la plupart des estimations. Mais les participants de 50:50 Startups ne misent pas seulement sur leur entreprise. « Bâtir des entreprises ensemble peut aussi construire des ponts durables qui pourraient faire avancer la cause de la paix », explique Amir Grinsteen, cofondateur du programme. L’initiative repose sur une répartition strictement paritaire des parts et des responsabilités entre Palestiniens et Israéliens, d’où son nom. Les entrepreneurs sont sélectionnés sur la base de leur projet, mais aussi de leur volonté de travailler avec l’autre camp.
Des obstacles surmontés malgré la guerre Le contexte de guerre, qui a éclaté après les attaques du 7 octobre 2023 et la riposte israélienne à Gaza, a compliqué les déplacements et les communications. « La guerre a rendu les choses beaucoup plus difficiles », témoigne l’un des participants. Certains Palestiniens de Cisjordanie ont dû obtenir des permis de sortie spéciaux pour se rendre en Israël, tandis que les sessions en ligne ont été multipliées. Malgré tout, les équipes ont poursuivi leur travail. « Nous avons des problèmes bien plus graves que le fait de savoir qui est notre cofondateur », résume un entrepreneur israélien, en référence aux fusées et aux attentats. « Cela relativise les tensions interpersonnelles. »
Une session à Boston pleine de promesses La session bostonienne, qui s’est tenue à l’université Northeastern, a permis aux entrepreneurs de pitcher leurs idées devant des investisseurs potentiels. Parmi les projets présentés, une plateforme de logistique pour l’échange de biens entre la Cisjordanie et Israël, une application de télémédecine multilingue pour les zones mal desservies, et une solution de recyclage des eaux usées adaptée aux régions arides. Plusieurs investisseurs ont manifesté leur intérêt. « Ce n’est pas de la philanthropie, c’est du business », insiste un investisseur présent. « Si ces équipes peuvent travailler ensemble, elles peuvent conquérir n’importe quel marché. »
Un modèle fragile mais prometteur Malgré les succès, le programme reste modeste et fragile. La guerre a réduit le nombre de participants et rendu le recrutement plus difficile. Certains entrepreneurs palestiniens subissent des pressions de leur communauté pour ne pas normaliser l’occupation. D’autres, côté israélien, sont accusés de financer indirectement le terrorisme. Mais pour les participants, l’enjeu dépasse la simple réussite économique. « Nous ne résoudrons pas le conflit avec une start-up », reconnaît un entrepreneur juif israélien. « Mais nous montrons que la coopération est possible. Cela peut inspirer d’autres secteurs. »
Un avenir à écrire La plupart des start-ups issues du programme ont déjà levé des fonds et continuent de fonctionner, malgré la guerre. Pour Salah Hussein, l’expérience a changé sa vision. « Je ne dis pas que j’ai oublié le passé, mais je crois maintenant que nous pouvons construire un avenir ensemble », déclare-t-il. Sa start-up, qui a déjà attiré l’attention d’investisseurs américains, espère lancer son produit pilote dans les serres de la région d’ici un an. « Si nous réussissons, ce sera une victoire pour les deux côtés. »
Le programme 50:50 Startups continue de chercher des financements pour élargir sa prochaine promotion. Ses fondateurs espèrent que, malgré la guerre, l’exemple de ces entrepreneurs pionniers pourra inspirer une nouvelle génération à croire en la possibilité d’une coexistence économique et, peut-être, politique.