Une ancienne conseillère en politique de santé, qui a travaillé au Sénat et à la Maison-Blanche, a publié un guide destiné aux patients américains pour les aider à faire face à ce qu'elle décrit comme un système de facturation médicale conçu pour exploiter leur inattention. Selon elle, même les spécialistes les mieux informés se font « dépouiller » s'ils ne se présentent pas aux soins préparés à négocier.
Le guide, intitulé « Outsmart the Medical Billing Trap » (Déjouer le piège de la facturation médicale), explique que les patients sont souvent amenés à signer des formulaires de consentement alors qu'ils sont vulnérables – dans une salle d'urgence, en tenue légère, en état de stress – sans avoir la possibilité de comprendre ce à quoi ils s'engagent. Ces documents, selon l'auteure, contiennent une clause par laquelle le patient accepte de payer tout montant non couvert par son assurance, quel qu'il soit, sans pouvoir contester le tarif par la suite.
Les codes de facturation comme bouclier
La première étape recommandée avant une consultation non urgente est d'obtenir les codes de procédure médicale (CPT) auprès du cabinet du médecin ou de l'hôpital. Ces codes permettent de vérifier auprès de son assureur quel serait le tarif négocié et d'estimer un prix raisonnable. L'experte souligne que, contrairement à d'autres secteurs commerciaux où les prix sont affichés, le système de santé américain maintient un secret délibéré sur les coûts.
Que faire aux urgences ?
Pour les situations d'urgence, où il est impossible de se renseigner à l'avance, le guide conseille de ne jamais signer de document engageant une responsabilité financière illimitée. Il est recommandé de demander un formulaire de consentement aux soins d'urgence sans engagement sur le paiement, ou de rayer les clauses relatives au prix avant de signer. L'auteure rappelle que la loi fédérale (Emergency Medical Treatment and Active Labor Act) oblige les hôpitaux à stabiliser un patient avant d'aborder les questions financières, un droit souvent ignoré.
Contester la facture après coup
Si une facture arrive, le guide propose des recours précis : ne pas payer immédiatement, exiger un relevé détaillé des codes, comparer avec les tarifs en vigueur (via des outils comme ceux de l'administration ou des sites indépendants), et contester par écrit tout montant excessif en citant les lois applicables, notamment celles sur la transparence des prix et l'interdiction des factures surprise. L'experte affirme que les hôpitaux s'attendent à ce que les patients paient sans discuter et que la majorité des montants réclamés sont réductibles si l'on sait négocier.
Un système qui mise sur la passivité
Le document décrit le parcours type : un patient se présente aux urgences, signe sans lire, reçoit des mois plus tard une facture astronomique – par exemple 14 000 dollars pour une visite où seule une prescription de paracétamol a été délivrée – et paie par peur ou par ignorance. L'auteure, qui a participé à la rédaction des règles visant à protéger les patients, reconnaît que ces règles existent mais restent méconnues du grand public. Son objectif est de les rendre accessibles à tous.
Une diffusion libre
Le guide est publié gratuitement et l'auteure encourage sa reproduction et son partage. Elle le destine en particulier aux personnes qui ne peuvent pas compter sur un proche connaissant les rouages du système. Elle conclut en espérant qu'un jour existera un prix unique, transparent et concurrentiel pour chaque acte médical, mais que, en attendant, ce guide constitue une « antisèche » indispensable.