L’héritage de Dada Masilo continue de marquer la scène. La chorégraphe sud-africaine, décédée en janvier 2025, a laissé derrière elle une version dansée et théâtrale de « Hamlet » qui a été présentée au Sadler’s Wells de Londres. Cette adaptation d’une heure, qualifiée de « remix » par les critiques, réduit le texte shakespearien à quelques répliques tout en renforçant la présence de certains personnages secondaires.
La pièce s’ouvre sur le célèbre monologue « Être ou ne pas être », immédiatement, sans contexte ni caractérisation préalable. Un choix qui a surpris une partie de la critique, mais qui installe d’emblée une tension. S’ensuit une rencontre entre Hamlet et Ophélie : au lieu de l’affrontement habituel, Dada Masilo a imaginé un moment volé lors d’une cérémonie, comparable à la rencontre entre Roméo et Juliette au bal des Capulet. Les deux interprètes, par des mouvements de mains, d’épaules et de poitrine, accompagnés d’une touche de tango, esquissent une proximité et une tendresse inédites dans la tradition scénique.
Une place accrue pour les femmes
Ce duo tendre renforce l’impact de la scène du couvent, où les deux amants sont traditionnellement vus ensemble pour la première fois, mais dans un climat de violence. En montrant d’abord leur complicité, Masilo rend cette violence plus déchirante. La chorégraphe a également ajouté une scène nouvelle : celle du désespoir de Gertrude apprenant la mort du roi Hamlet, au lieu de la présenter comme remariée avec sérénité à son beau-frère. Cette modification éclaire le personnage sous un jour plus complexe.
Le critique Chris Wiegand, dans son compte rendu, note que ces ajustements « donnent une puissance nouvelle à la tragédie ». Il souligne toutefois que certaines tirades sont sacrifiées dans cette version resserrée. L’ensemble reste intense, porté par une chorégraphie énergique où les danseurs, notamment Lehlohonolo Madise dans le rôle d’Ophélie, incarnent des personnages dont les destins sont brisés par les actions des autres.
Un hommage à une carrière audacieuse
Dada Masilo, née en Afrique du Sud, s’était fait connaître par ses réinterprétations de classiques du ballet et du théâtre, mêlant danse contemporaine et traditions sud-africaines. Son « Hamlet » s’inscrit dans cette lignée de relecture critique des canons occidentaux. La représentation au Sadler’s Wells fait partie d’une programmation qui rend hommage à son travail posthume.
La critique générale salue l’audace de la proposition, même si l’absence de certains monologues clés peut dérouter les puristes. Le résultat est décrit comme une œuvre à la fois resserrée et explosive, où la danse porte l’essentiel de la narration. L’interprétation des rôles féminins, notamment par Madise, a été particulièrement remarquée.
Un spectacle qui interroge la mémoire théâtrale
En choisissant de ne conserver que quelques fragments du texte original, Dada Masilo semble poser la question : peut-on raconter « Hamlet » sans ses mots ? Sa réponse chorégraphique offre une expérience sensorielle qui renouvelle la perception de cette tragédie vieille de quatre siècles. Le public londonien a découvert une version qui, tout en respectant la trame principale, ose des détours inattendus.
Cette création rappelle que la danse peut être un vecteur puissant de réinterprétation des classiques. L’empreinte de Dada Masilo, par sa vision singulière, continue ainsi de dialoguer avec les grandes œuvres du répertoire.