Une opposition construite sur des idées reçues

Hippolyte d’Albis, économiste reconnu pour ses travaux sur les retraites et les transferts entre générations, déconstruit ce qu’il appelle une « fable » : la prétendue guerre des générations qui opposerait les jeunes aux retraités. Selon lui, ce discours, répandu dans le débat public, repose sur une méconnaissance des mécanismes de solidarité collective et des flux financiers entre classes d’âge.

Des transferts massifs en faveur des jeunes

L’économiste rappelle que les retraités ne sont pas les principaux bénéficiaires de la dépense publique. Les jeunes, via l’éducation, la santé, les allocations familiales et les aides au logement, reçoivent des sommes considérables tout au long de leur parcours. En France, les dépenses en faveur des enfants et des jeunes adultes représentent une part très importante du budget de l’État et des collectivités. La retraite, bien que coûteuse, n’est qu’un des éléments d’un système qui profite à tous les âges de la vie. Hippolyte d’Albis souligne que la notion de « génération sacrifiée » est trompeuse : les jeunes d’aujourd’hui bénéficient d’un capital humain, d’infrastructures et de services publics construits par leurs aînés.

Une redistribution qui profite à toutes les générations

L’économiste explique que le système de protection sociale français opère une redistribution verticale – des plus aisés vers les plus modestes – et horizontale – entre actifs et inactifs. Les retraités, qui ont cotisé toute leur vie, perçoivent des pensions souvent modestes. Par ailleurs, une partie importante de leurs revenus est réinjectée dans l’économie via la consommation, ce qui bénéficie à l’emploi et à l’activité des plus jeunes. Le véritable clivage, selon d’Albis, n’est pas l’âge mais le niveau de revenu et le patrimoine. Les inégalités entre jeunes sont elles-mêmes très fortes : certains héritent, d’autres non ; certains trouvent un emploi stable, d’autres enchaînent les contrats précaires.

Un discours entretenu par des intérêts particuliers

Hippolyte d’Albis pointe également les intérêts qui sous-tendent ce récit de guerre des générations. Pour certains, il s’agit de justifier des réformes visant à réduire les dépenses publiques en opposant les classes d’âge. Pour d’autres, c’est un moyen de détourner l’attention des vraies fractures sociales. L’économiste appelle à ne pas tomber dans ce piège et à défendre un système de protection sociale qui, malgré ses imperfections, reste l’un des plus solides au monde.

La nécessité d’un débat apaisé sur les retraites

L’économiste insiste sur l’importance d’un débat lucide et apaisé, fondé sur des données objectives. La question des retraites est réelle : le vieillissement de la population impose des ajustements. Mais ces ajustements doivent être négociés dans un esprit de solidarité entre générations, et non en attisant les ressentiments. Hippolyte d’Albis conclut que la solidarité intergénérationnelle est un pilier de la cohésion sociale, et qu’il est dangereux de la fragiliser par des discours simplistes.