Alors que le projet de ligne à grande vitesse HS2 continue de susciter des interrogations sur son coût et ses délais, plusieurs voix s’élèvent pour en défendre l’utilité. Dans une chronique récente, l’éditorialiste Simon Jenkins avait qualifié HS2 d’« éléphant blanc le plus démesuré de l’histoire britannique » et plaidé pour son abandon pur et simple. Des lecteurs du Guardian lui répondent point par point, estimant que son raisonnement « ignore la raison fondamentale pour laquelle HS2 a été conçu à l’origine », à savoir la saturation de la ligne principale de la côte ouest (West Coast Main Line).

Selon ces correspondants, le Royaume-Uni se dirige vers le « pire goulet d’étranglement de transport de son histoire ». Les dépassements de coûts et de calendrier, concèdent-ils, appellent un examen sérieux et reflètent des défaillances qu’il convient de corriger. Mais cela n’invalide pas, selon eux, le besoin de capacités ferroviaires supplémentaires, porteuses de bénéfices « transformateurs » pour le nord de l’Angleterre, notamment en matière de fret et de connectivité régionale.

Des retombées économiques déjà tangibles

Au-delà de la seule question de la capacité, les partisans du projet mettent en avant les effets concrets du chantier sur l’emploi et le tissu économique. Avec la montée du chômage, soutiennent-ils, les grands programmes d’infrastructure ne se résument pas à la seule capacité de transport : ils sont essentiels pour créer des emplois de qualité et soutenir la chaîne d’approvisionnement britannique. HS2, selon les informations disponibles, emploierait déjà plus de 30 000 personnes et soutiendrait des compétences hautement qualifiées ainsi que des apprentissages, en travaillant avec des installations de tunnel à Hartlepool et des entreprises locales des West Midlands. Le chantier renforcerait également les petites et moyennes entreprises dans l’ensemble des régions.

Les ponts, viaducs et tunnels déjà réalisés témoigneraient, aux yeux de ces mêmes voix, de « l’excellence continue de l’ingénierie » du pays.

Des bénéfices de développement estimés à 20 milliards de livres

Un autre argument avancé est celui des retombées indirectes déjà observées. HS2 commencerait à générer environ 20 milliards de livres sterling de bénéfices en matière de développement dans les West Midlands et l’ouest de Londres. Abandonner le chantier maintenant, concluent les correspondants, ne permettrait pas de réaliser d’économies.

Le débat public reste donc vif entre ceux qui voient dans HS2 un gouffre financier et ceux qui le considèrent comme un investissement indispensable pour l’avenir du réseau ferroviaire et de l’économie britannique. Les arguments des uns et des autres portent autant sur la capacité de transport que sur l’emploi, l’aménagement du territoire et la crédibilité de la planification des grands projets.