Les inégalités de santé ne sauraient être réduites à une question de comportements individuels. C’est le message adressé par la professeure Jennie Popay, sociologue et spécialiste de santé publique à l’université de Lancaster, dans une lettre publiée mardi 26 mai.

Une réponse à une étude controversée

Ce courrier répond à une étude de l’Oxford Longevity Project, diffusée une semaine plus tôt, qui avançait qu’« au moins 80 % de la responsabilité de la mauvaise santé à un âge avancé incombe à l’individu ». Un constat que la chercheuse juge trompeur. « L’étude donnait l’impression que les causes principales de la mauvaise santé et de sa distribution inégale sont une question ouverte. Ce n’est pas le cas », écrit-elle.

Selon Jennie Popay, « le poids des preuves accumulées depuis des décennies est clair : les causes premières des inégalités en matière de santé, qui entraînent une moins bonne santé pour les groupes les plus pauvres, sont les conditions matérielles dans lesquelles les personnes naissent, vivent, travaillent et vieillissent ». Elle souligne que ce sont les inégalités croissantes d’accès aux ressources matérielles, au pouvoir et aux privilèges, et non des comportements irresponsables, qui ont creusé un écart de 20 ans d’espérance de vie en bonne santé entre les groupes les plus favorisés et les plus défavorisés au Royaume-Uni.

Un sponsor aux intérêts commerciaux

La lettre met également en lumière le principal sponsor du projet Oxford Longevity. Il s’agit d’Oxford Healthspan, une entreprise qui vend des compléments alimentaires à base de « spermidine d’aliments complets ». Jennie Popay note que des recherches de qualité suggèrent que ces produits sont prometteurs dans des études en laboratoire et observationnelles, mais que les bénéfices observés dans les essais cliniques sur l’homme sont « mitigés ». Elle aurait souhaité que ces liens soient davantage explicités dans la présentation de l’étude.

Un débat de fond sur les déterminants sociaux

Cette controverse relance le débat sur les déterminants sociaux de la santé. De nombreux travaux, notamment ceux de la Commission des déterminants sociaux de la santé de l’Organisation mondiale de la santé, ont mis en évidence le rôle prépondérant des conditions socio-économiques, du logement, de l’éducation et de l’environnement professionnel dans l’état de santé des populations. L’écart de 20 ans d’espérance de vie en bonne santé cité par Jennie Popay illustre l’ampleur des disparités persistantes au Royaume-Uni, malgré un système de santé universel.

La chercheuse appelle ainsi à ne pas occulter les responsabilités collectives et structurelles derrière le discours de la responsabilité individuelle. « Notre espérance de vie n’est pas simplement notre responsabilité personnelle », conclut-elle dans sa lettre, en écho aux travaux qui font autorité dans le champ de l’équité en santé.