L'entreprise américaine Intel a réalisé un spectaculaire retour en grâce sur les marchés financiers. Son action a grimpé de près de 500 % en un an, atteignant une valorisation record de plus de 600 milliards de dollars, la plus élevée en 58 ans d'existence. Ce rebond s'accompagne de partenariats majeurs avec des géants technologiques comme Nvidia, Tesla et Apple.
Au-delà de la performance boursière, cette renaissance intéresse directement la géopolitique et la sécurité économique américaine. Intel est en effet la seule entreprise des États-Unis capable de rivaliser avec Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC), son concurrent taïwanais, dans la fabrication des semi-conducteurs les plus sophistiqués.
Le retour des processeurs centraux
Cette embellie s'explique notamment par une évolution du marché de l'intelligence artificielle. Jusqu'à présent, l'essor de l'IA reposait principalement sur les unités de traitement graphique (GPU), des puces spécialisées dans le calcul parallèle, dont Nvidia est le leader. Mais l'intelligence artificielle entre dans une nouvelle phase où les unités centrales de traitement (CPU) – les processeurs qui constituent le « cerveau » de l'ordinateur – redeviennent cruciales. Intel est un fabricant historique et dominant de CPU.
« À un moment donné, les gens pensaient que les CPU étaient morts », a déclaré Rene Haas, le directeur général du concepteur de puces britannique Arm, en mars dernier, illustrant le changement de perception.
Un enjeu stratégique pour Washington
La capacité d'Intel à produire des puces aussi avancées que celles de TSMC est présentée comme un moyen de sécuriser l'économie américaine du XXIe siècle. La dépendance des États-Unis envers la production taïwanaise de semi-conducteurs est considérée comme une vulnérabilité stratégique majeure. La réussite d'Intel pourrait donc contribuer à réduire cette dépendance et à renforcer la souveraineté technologique américaine.
Le chemin reste toutefois semé d'embûches. Il y a un an, Intel était donné pour mort et son action avait atteint son plus bas niveau en seize ans. Le défi consiste désormais à transformer ce rebond financier en une capacité industrielle pérenne, capable de produire en masse les puces les plus avancées sur le sol américain.