Les camps de déplacés de la bande de Gaza connaissent une invasion de rats d'une ampleur inédite, rapportent des habitants et des travailleurs humanitaires. Les rongeurs, attirés par l'accumulation de déchets et l'absence d'hygiène, s'introduisent dans les tentes et mordent les enfants, provoquant des blessures et une psychose parmi les familles.

«J’ai trouvé mon fils en larmes et couvert de sang», témoigne un père de famille installé dans un camp improvisé près de Khan Younès. Comme lui, plusieurs parents racontent que leurs enfants ont été attaqués pendant leur sommeil. Les morsures, souvent profondes, peuvent s'infecter faute de soins appropriés, les hôpitaux de la zone étant saturés ou hors service.

Un terreau favorable à la prolifération

La guerre en cours a détruit une grande partie des infrastructures de Gaza, y compris les systèmes d'égouts et de collecte des ordures. Les déchets s'amoncellent dans les rues et autour des camps, offrant une source de nourriture inépuisable aux rats. « C'est une catastrophe sanitaire », expliquent des responsables locaux, qui n'ont plus les moyens de procéder à des opérations de dératisation. Le manque d'eau potable et de savon aggrave la situation, car les habitants ne peuvent pas nettoyer correctement les plaies.

Des maladies en recrudescence

Les rongeurs sont vecteurs de plusieurs pathologies. Des cas de leptospirose, de fièvre hémorragique et de typhus murin ont été signalés dans les camps. Les autorités sanitaires locales, submergées, ne disposent pas de stocks suffisants d'antibiotiques ni de vaccins pour faire face à une épidémie. « Nos enfants tombent malades les uns après les autres », déplore une mère interrogée. « Nous n'avons plus accès aux médicaments, et les rats sont partout. »

Des mesures insuffisantes

Les organisations humanitaires présentes à Gaza distribuent des pièges et des produits répulsifs, mais ces moyens restent largement insuffisants face à la prolifération. L'acheminement de matériel est entravé par les restrictions d'accès et l'insécurité. Plusieurs ONG réclament un cessez-le-feu immédiat pour permettre une intervention sanitaire d'ampleur et l'évacuation des déchets.

Témoignages de l'horreur au quotidien

Dans les récits recueillis, la peur des rats devient obsessionnelle. Une femme raconte : « On n'ose plus laisser les enfants dormir par terre. On les installe sur des planches surélevées, mais les rats grimpent. » Un autre déplacé confie avoir perdu plusieurs nuits de sommeil à veiller sur ses petits. « Mon fils de trois ans a été mordu à la joue. Il a eu tellement peur qu'il ne veut plus rester seul dans la tente. »

Une crise multidimensionnelle

Au-delà des morsures et des maladies, l'invasion des rats symbolise l'effondrement total des conditions de vie à Gaza. La guerre, le blocus et la destruction des infrastructures placent la population dans une situation de survie permanente. « Nous ne faisons plus face à un simple conflit, mais à une crise humanitaire totale », résume un coordinateur d'une agence de l'ONU présente sur place.

Alors que les négociations diplomatiques peinent à aboutir, Gaza continue de sombrer. Les rats, eux, prospèrent.