Des coûts qui explosent
Chris Suckling, exploitant du Woodlands Farm à Holbrook, dans le Suffolk, est un agriculteur de quatrième génération. Il témoigne d'une situation financière devenue intenable. En l'espace de douze mois, ses dépenses en carburant et en engrais ont bondi pour atteindre 40 800 livres sterling par an. Le prix du gazole rouge (red diesel), qu'il utilisait pour 27 000 livres annuelles, a doublé pour grimper à 54 000 livres. Parallèlement, la facture d'engrais est passée de 53 200 à 67 200 livres. Les transporteurs routiers imposent en outre des surcharges sur leurs kilométrages.
« On voit de plus en plus de terres laissées nues »
L'exploitation, qui cultive notamment des pommes de terre, fonctionne à perte. Les perspectives pour la prochaine récolte ne sont guère meilleures. « Les agriculteurs votent avec leurs pieds, ils arrêtent », déplore Chris Suckling. « On voit de plus en plus de terres laissées nues. On les transforme en parcs solaires, en énergies renouvelables ou en logements, parce que l'agriculture ne paie plus. » Il impute cette flambée des coûts à la guerre en Iran.
Un héritage compromis
« Je suis la quatrième génération, Harry est la cinquième, et il est très motivé pour continuer. Je me sens coupable de lui passer une ferme qui ne va peut-être pas lui donner le revenu qu'il mérite », confie l'agriculteur. Il espère qu'un changement de gouvernement ou d'orientation politique encouragera les gens à cultiver.
« La tempête parfaite »
John Pawsey, agriculteur biologique au Shimpling Park Farm près de Bury St Edmunds, connaît des difficultés similaires. S'il n'achète pas d'engrais artificiels, il subit la hausse du gazole. Mais c'est surtout la sécheresse qui l'inquiète. « Ce qui va vraiment nous affecter cette année, avec cette sécheresse, c'est un rendement plus faible. Si on a un rendement moyen, on peut sans doute absorber une partie de la hausse des prix, mais si le rendement est faible, c'est la tempête parfaite. » Ses coûts fixes ont augmenté de 25 à 35 %. Il voit peu de solutions en dehors d'une hausse des prix alimentaires.
Un secteur « très, très tendu »
Cath Crowther, directrice régionale de la Country Land and Business Association (CLA), rapporte avoir entendu « beaucoup de gens dire récemment que c'est la pire période qu'ils aient jamais connue ». « Nous ne voulons pas être alarmistes, car notre industrie est très innovante, insiste-t-elle. Mais nous avons besoin de cette innovation, de ces investissements, et sans rentabilité, on ne peut pas investir. La situation est très, très tendue actuellement. »
Réponse du gouvernement
Emma Reynolds, secrétaire d'État à l'Alimentation, à l'Environnement et aux Affaires rurales, a déclaré dans un communiqué : « Ce gouvernement prend des mesures décisives pour soutenir les agriculteurs en réduisant la taxe sur le gazole rouge à son taux le plus bas depuis plus de vingt ans. Nous sommes déterminés à protéger le secteur agricole des pressions mondiales, notamment de la guerre en Iran. »