Le célèbre feuilleton radiophonique « The Archers », qui dépeint la vie rurale du village fictif d’Ambridge dans le Borsetshire, s’apprête à souffler ses 75 bougies d’une manière inédite. Pour la première fois, une poignée de ses comédiens monteront sur les planches d’un véritable théâtre, à travers une tournée nationale intitulée « The Archers: The Ambridge Flower Power Show ». Dans une interview accordée au cours des répétitions, les interprètes de Susan Carter, Tracy Horrobin, Chelsea Horrobin et Jack « Jazzer » McCreary ont partagé leur enthousiasme et leurs craintes face à ce défi scénique.
Un saut dans l’inconnu
Si « The Archers » est une institution de la radio britannique, le passage à la scène représente un changement radical de mode d’expression. « C’est un rêve devenu réalité pour moi aussi », confie Susie Riddell, qui incarne Tracy Horrobin. « Je n’aurais jamais imaginé voir le jour où je serais interviewée par le Guardian. Je l’ai vu au Bull ! », plaisante-t-elle en référence au pub emblématique d’Ambridge. Mais l’actrice avoue une certaine angoisse : « Je fais des grimaces absolues. Je suis inquiète. » Cette révélation, livrée avec l’accent borsetshire, traduit le stress de devoir incarner son personnage devant un public réel, sans filet.
Charlotte Martin, qui joue Susan Carter, renchérit sur les contraintes du direct. « Il y a des choses qu’on peut dire à la radio qu’on ne peut pas dire sur une scène de théâtre », souligne-t-elle, évoquant la liberté parfois plus grande offerte par l’absence d’image. Madeleine Leslay (Chelsea Horrobin) et Ryan Kelly (Jazzer McCreary) partagent ce mélange de nervosité et d’excitation.
Un spectacle flower power
Le thème du spectacle, centré sur l’ère flower power des années 1960, promet un mélange surprenant d’humour, de chansons et d’anecdotes propres à l’univers d’Ambridge. Les acteurs interpréteront leurs personnages tout en chantant et dansant, un exercice peu familier pour des comédiens habitués au micro. « C’est un défi complètement différent », explique Ryan Kelly. « À la radio, on contrôle tout avec la voix. Là, le corps tout entier est en jeu. »
Le spectacle s’inscrit dans le cadre des célébrations du 75e anniversaire du feuilleton, qui a débuté en 1951 sur la BBC. Il entend proposer aux fans une expérience immersive dans l’ambiance des années 1960, tout en restant fidèle à l’esprit de la série. Les dialogues, les situations et les personnages secondaires (comme Lilian et Brian) seront de la partie, offrant aux spectateurs un condensé de ce qui fait le charme de la saga rurale.
Un exercice à haut risque
La perspective de jouer en public implique une vulnérabilité inédite pour ces acteurs habitués à l’anonymat du studio. « On n’a pas l’habitude de voir les réactions du public », confie Susie Riddell. « À la radio, on imagine le visage de l’auditeur. Là, on le verra en vrai, et ça fait peur. » Charlotte Martin évoque le risque de « gurner » – faire des grimaces involontaires – qui pourrait trahir le trac. Mais cette inquiétude se double d’une joie palpable : celle de rencontrer les auditeurs de chair et d’os.
L’enthousiasme des fans semble d’ailleurs au rendez-vous. La tournée, qui traversera plusieurs villes du Royaume-Uni, affiche déjà complet dans certaines salles. Les billets sont partis en quelques jours, preuve de la popularité intacte du feuilleton après trois quarts de siècle d’existence.
Un hommage à la tradition radiophonique
Au-delà du simple divertissement, ce spectacle marque une tentation de renouvellement pour « The Archers », souvent perçu comme un monument conservateur. En osant le théâtre, la production cherche à élargir son public et à montrer que le feuilleton peut encore surprendre. « On veut montrer que l’esprit d’Ambridge est vivant et qu’il peut voyager hors des ondes », résume Ryan Kelly.
Cette initiative s’inscrit dans une tendance plus large des grandes franchises radiophoniques à explorer les arts de la scène. Mais elle reste rare dans le paysage audiovisuel britannique, où très peu de séques radiophoniques de longue durée ont tenté l’aventure théâtrale. Les acteurs en sont conscients : ils portent sur leurs épaules une partie de l’héritage de la radio dramatique.
Des répétitions intenses
Les semaines de répétition ont été intenses, selon les témoignages. Les comédiens ont dû apprendre à chanter, à se déplacer sur scène et à gérer les changements de costumes – autant de compétences qu’ils n’utilisent jamais au micro. « On se sent comme des débutants », avoue Madeleine Leslay. « C’est rafraîchissant, mais aussi terrifiant. » Susie Riddell, de son côté, confie qu’elle a pris des cours de chant pour être à la hauteur.
Malgré le stress, l’ambiance entre les acteurs est décrite comme chaleureuse. « On forme une vraie famille », dit Charlotte Martin. « Le fait de partager cette aventure nous rapproche encore plus. »
Un pari sur l’avenir
Si la tournée est conçue comme un événement unique pour le 75e anniversaire, les acteurs n’excluent pas qu’elle puisse ouvrir la voie à d’autres initiatives similaires. « On verra comment le public réagit », déclare Ryan Kelly. « Mais je pense que cela pourrait devenir une tradition. »
Pour les fans, ce show représente une occasion rare de voir leurs personnages préférés prendre vie autrement que par la voix. L’attente est immense, et les comédiens espèrent être à la hauteur. Comme le résume Susie Riddell avec une pointe d’autodérision : « Je suis une grimaceuse absolue, mais je vais tout donner. »