Plus de trois ans après le coup de filet international ayant conduit au démantèlement du service d’usurpation de numéros de téléphone iSpoof, l’un des utilisateurs français de la plateforme a été jugé devant le tribunal judiciaire de Paris. Il comparaissait aux côtés de six autres personnes, âgées d’une vingtaine d’années, des connaissances ou amis résidant dans la région de Strasbourg. Les prévenus sont poursuivis pour des attaques par hameçonnage et des escroqueries commises via ce service.

Le service iSpoof, basé au Royaume-Uni, permettait à ses clients d’usurper des numéros de téléphone afin d’apparaître comme un interlocuteur de confiance – banquier, conseiller, administration – et ainsi soutirer des informations bancaires ou des fonds. Selon les chiffres d’Europol, le préjudice total imputé à cette plateforme s’élève à environ 115 millions d’euros. L’administrateur britannique du site a été condamné à une peine de treize ans et quatre mois d’emprisonnement.

En novembre 2022, les autorités européennes annonçaient avoir procédé à 142 arrestations dans le cadre de l’opération. Parmi elles, 22 ressortissants français avaient été identifiés par les cybergendarmes du C3N (Commandement du cyberespace de la gendarmerie nationale). Le procès qui vient de se tenir à Paris concerne l’un de ces suspects et son entourage.

Un discours de déresponsabilisation

Lors de l’audience, le principal prévenu a tenté de minimiser son rôle en déclarant : « Je pensais que les victimes se faisaient rembourser ». Cette défense, rapportée par les sources judiciaires, illustre le sentiment d’impunité qui a pu accompagner l’utilisation de ce type de service. Les enquêteurs ont néanmoins établi que le groupe strasbourgeois avait activement utilisé iSpoof pour commettre des escroqueries, sans que les victimes soient systématiquement dédommagées.

Un phénomène persistant

Ce procès rappelle que le spoofing téléphonique – technique consistant à afficher un numéro usurpé sur l’écran du destinataire – reste l’une des armes privilégiées des fraudeurs. Malgré le démantèlement d’iSpoof, d’autres plateformes similaires continuent d’opérer, et les autorités judiciaires peinent à endiguer le phénomène. L’affaire parisienne montre que les poursuites s’étendent jusqu’aux petits utilisateurs, et non plus seulement aux administrateurs des places de marché criminelles.