Un recours pour protéger des conversations privées

Joe Biden, ancien président des États-Unis, a déposé une plainte contre le ministère de la Justice fédéral afin d’empêcher la diffusion d’enregistrements audio et de transcriptions issus des entretiens qu’il a menés avec le coauteur de ses mémoires. Ces documents, que l’intéressé qualifie d’« informations privées », pourraient selon les observateurs contenir des passages embarrassants sur son état de mémoire.

Les enregistrements et les transcriptions ont été obtenus par le procureur spécial Robert Hur dans le cadre d’une enquête sur la gestion par Joe Biden de documents classifiés. L’enquête a conclu que l’ancien président avait conservé illicitement des documents, mais n’a pas recommandé de poursuites. Le rapport de Robert Hur, publié en 2024, avait néanmoins soulevé des interrogations sur l’aptitude de Joe Biden à exercer la fonction présidentielle.

Un revirement du ministère de la Justice

Sous l’administration Biden, le ministère de la Justice s’était opposé à la divulgation de ces entretiens au nom du respect de la vie privée. Mais depuis l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, la position a changé. Le département a indiqué qu’il publierait les documents d’ici le 15 juin, répondant à des demandes formulées par des élus républicains de la Chambre des représentants et par un think tank conservateur, la Heritage Foundation.

« Le ministère de la Justice de Joe Biden a tenté de cacher des enregistrements audio qui démontrent clairement un déclin significatif de ses capacités cognitives dès 2016 », a déclaré Natalie Baldassarre, porte-parole du ministère de la Justice, dans un communiqué. « Nous nous battrons pour que le peuple américain puisse entendre ces enregistrements et se faire sa propre opinion sur l’acuité mentale de l’ancien président avant qu’il ne brigue la présidence. »

Les avocats de Biden invoquent la loi sur la protection de la vie privée

Dans sa plainte, les avocats de Joe Biden décrivent les conversations comme « privées et sensibles ». Ils soutiennent que ces documents sont protégés par le Privacy Act (loi sur la protection de la vie privée) et que le ministère de la Justice viole l’Administrative Procedure Act (loi sur la procédure administrative), qui fixe les règles légales de fonctionnement du gouvernement fédéral.

Ils accusent également le ministère d’utiliser une « justification fallacieuse » pour « divulguer des enregistrements des conversations privées du président Biden dans le seul but de les exposer, entre autres motifs inappropriés ».

Le contexte de l’affaire

Les entretiens litigieux ont eu lieu en 2017, lors de la rédaction des mémoires de Joe Biden intitulés Promise Me, Dad (Promets-moi, papa). L’ancien président y évoquait avec son coauteur Mark Zwonitzer les événements entourant la mort de son fils aîné Beau, survenue en 2015.

Dans son rapport, le procureur spécial Robert Hur a noté que, lors de ces entretiens, Joe Biden se référait à des notes qu’il avait prises en tant que vice-président, dont certaines semblaient contenir des informations classifiées. Le procureur a également observé que « la mémoire de M. Biden semblait présenter des limitations significatives », décrivant les entretiens comme « péniblement lents, M. Biden ayant du mal à se souvenir des événements et peinant parfois à lire et à relayer ses propres notes ».

La publication du rapport Hur en 2024 avait provoqué une tempête politique à Washington, mettant en lumière l’âge et l’état de santé de Joe Biden. Celui-ci avait finalement renoncé à se présenter à sa réélection après une prestation désastreuse lors d’un débat qui avait suscité des inquiétudes parmi les démocrates.

Les républicains, de leur côté, avaient ouvert une procédure de destitution contre Joe Biden et les commissions de trois comités du Congrès avaient réclamé les enregistrements des entretiens comme preuves. La Heritage Foundation avait également intenté une action en justice pour les obtenir.

Des implications politiques

Cette action en justice intervient dans un climat politique déjà très polarisé. La diffusion potentielle de ces enregistrements pourrait relancer le débat sur les capacités cognitives de Joe Biden, déjà au cœur de la campagne présidentielle de 2024. La manière dont l’administration Trump gère ce dossier pourrait également alimenter les accusations de règlement de comptes politiques. L’issue de ce recours reste à déterminer.