Un tribunal fédéral a bloqué mardi 26 mai 2026 l'utilisation d'une nouvelle carte congressionnelle en Alabama, estimant qu'elle avait été tracée avec l'intention délibérée de discriminer les électeurs noirs. La décision, rendue par un panel de trois juges, intervient alors que l'État se préparait à appliquer ce plan pour les élections de mi-mandat de 2026.

Une carte jamais entrée en vigueur

La carte en question avait été adoptée par la législature de l'Alabama en 2023, mais n'était jamais entrée en vigueur. Le même tribunal l'avait déjà jugée discriminatoire, ce qui avait contraint l'État à adopter un autre découpage électoral, celui-ci comportant deux circonscriptions à majorité noire. Ces deux districts avaient par la suite élu des représentants démocrates.

Dans son nouveau jugement, le panel de juges a estimé que le plan de 2023, dans sa rédaction initiale comme dans les versions révisées soumises par les autorités de l'État, visait à réduire l'influence électorale des électeurs afro-américains, en violation de la Constitution et des protections fédérales du droit de vote. Les magistrats ont souligné que l'intention discriminatoire était établie par des éléments du dossier, notamment des échanges et des documents internes à la majorité républicaine de la législature.

Un contexte juridique bouleversé

Cette décision survient dans un climat national tendu autour du droit de vote. La Cour suprême des États-Unis a récemment vidé de sa substance une disposition clé du Voting Rights Act (Loi sur le droit de vote) dans l'arrêt Louisiana c. Callais. Ce précédent judiciaire a affaibli les outils dont disposaient les minorités pour contester les redécoupages électoraux. Pourtant, le panel fédéral de l'Alabama a estimé que, même dans ce nouveau cadre restrictif, la preuve d'une discrimination intentionnelle était suffisamment solide pour justifier le blocage de la carte.

Implications pour les prochaines élections

La décision impose à l'Alabama de maintenir le statu quo électoral pour 2026, c'est-à-dire la carte comportant deux circonscriptions à majorité noire. Ce statu quo avait déjà permis aux démocrates de gagner des sièges au Congrès dans un État solidement républicain. Les autorités de l'État ont annoncé qu'elles envisageaient de faire appel, mais tout recours devrait être examiné d'urgence pour respecter les délais électoraux.

L'affaire illustre les tensions persistantes autour du redécoupage électoral aux États-Unis, où la question de la représentation des minorités reste au cœur des batailles judiciaires. L'Alabama, État du Sud profond, a une longue histoire de discrimination électorale, et cette nouvelle décision rappelle que les tribunaux continuent de jouer un rôle de garde-fous face aux tentatives de dilution du vote noir.

Les militants des droits civiques ont salué la décision, y voyant une protection nécessaire contre ce qu'ils décrivent comme un « gerrymandering racial ». De leur côté, les responsables républicains de l'État ont exprimé leur déception, estimant que la carte litigieuse respectait les exigences légales et que le tribunal outrepassait son rôle.

Un précédent national ?

Bien que la décision ne concerne que l'Alabama, elle pourrait faire jurisprudence dans d'autres États où des cartes similaires sont contestées. L'arrêt Louisiana c. Callais avait créé une incertitude juridique, et plusieurs affaires en instance à travers le pays attendent des clarifications. La position ferme du panel fédéral alabamien, fondée sur la preuve d'une intention discriminatoire, pourrait renforcer la voie contentieuse pour les opposants aux redécoupages favorables aux Républicains.