Le nouveau président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Kevin Warsh, a prêté serment vendredi à la Maison-Blanche, une cérémonie inhabituelle pour le chef de la banque centrale, dont l'indépendance politique est un principe fondamental. Lors de cette investiture, il s'est engagé à maintenir cette indépendance.
La cérémonie s'est déroulée en présence du président Donald Trump, qui avait pourtant insisté, lors de l'audience de confirmation de Warsh, sur le fait que le nouveau chef de la Fed serait « totalement indépendant ». Ce choix de lieu et la participation du chef de l'État ont été perçus comme un signal troublant par les observateurs, la Fed étant censée agir sans pression politique.
Un vote de confirmation historiquement serré
Le parcours de Kevin Warsh au Sénat a été marqué par une opposition record. Sa confirmation n'a recueilli que 54 voix favorables contre 45, soit la marge la plus étroite jamais enregistrée pour un président de la Fed. Ce scrutin reflète les profondes divisions quant à sa capacité à résister aux pressions de la Maison-Blanche.
La sénatrice démocrate Elizabeth Warren a qualifié Warsh de « marionnette » de Donald Trump lors de son audition en avril. Pour tester son indépendance, elle lui a demandé : « Monsieur Warsh, Donald Trump a-t-il perdu l'élection de 2020 ? ». Le candidat a refusé de répondre directement, déclarant : « Nous essayons de garder la politique, si je suis confirmé, en dehors de la Réserve fédérale. »
Cette réponse n'a pas apaisé les inquiétudes. « Son audition de confirmation n'a pas dissipé les doutes », a commenté Claudia Sahm, économiste en chef chez New Century Advisors et ancienne économiste de la Fed.
Les attentes de Donald Trump
Le président Trump a clairement exprimé ce qu'il attend de Kevin Warsh. Il a déclaré qu'il serait « déçu » si ce dernier ne baissait pas les taux d'intérêt rapidement. Selon les analystes, le président cherche à stimuler l'économie américaine avant les élections de mi-mandat prévues en novembre.
Lors de son audience de confirmation, Kevin Warsh a affirmé que le président ne lui avait pas demandé de s'engager sur une décision de taux particulière. « Le président ne m'a jamais demandé de m'engager sur une décision de taux d'intérêt, un point c'est tout. Et je n'accepterais jamais de le faire s'il le faisait », a-t-il assuré.
L'héritage de Jerome Powell
Le prédécesseur de Kevin Warsh, Jerome Powell, a fait l'expérience directe des pressions présidentielles. Donald Trump l'avait publiquement insulté à plusieurs reprises pour ne pas avoir abaissé les taux. Cette affaire avait même conduit à une enquête du département de la Justice, qui a depuis été classée.
Les enjeux de l'indépendance de la Fed
Le président de la Fed est l'une des personnalités les plus puissantes des États-Unis. Il supervise les décisions en matière de taux d'intérêt, qui influencent le secteur bancaire, le taux de change du dollar et le coût des biens et services dans la plus grande économie du monde. Son rôle est d'assurer la stabilité des prix, de maintenir la confiance dans le système financier et de préserver la stabilité de l'économie mondiale.
Si l'indépendance de la Fed devait être compromise, les répercussions seraient massives, selon Kenneth Rogoff, économiste de renom, qui a évoqué un « danger sérieux » en cas d'ingérence politique dans les décisions de la banque centrale.
Un parcours sous haute surveillance
Kevin Warsh, âgé de 56 ans, devra naviguer entre les attentes de la Maison-Blanche et son serment d'indépendance. Le monde financier et les économistes surveilleront de près ses premières décisions, en particulier sur les taux d'intérêt, pour déterminer si le nouveau président de la Fed saura préserver l'autonomie de l'institution ou s'il cédera aux pressions politiques.