L'Organisation des Nations unies a officialisé, ce vendredi, l'ajout d'Israël et de la Russie à la liste des entités accusées de violences sexuelles dans le cadre de conflits armés. Cette décision, prise à la suite de la publication du rapport annuel du secrétaire général sur les violences sexuelles liées aux conflits, a immédiatement suscité une vive réaction de la part des autorités israéliennes, qui ont annoncé la rupture de tous les contacts avec le secrétaire général de l'ONU, António Guterres.
Près de dix mille cas recensés à travers le monde
Le rapport, qui couvre l'année 2025, fait état de près de dix mille cas de violences sexuelles liées à des conflits enregistrés à l'échelle mondiale. Ce chiffre inclut des situations dans plusieurs zones de guerre, mais une attention particulière est portée aux nouvelles inscriptions sur la liste noire, notamment Israël et la Russie.
Allégations détaillées concernant Israël
Le document des Nations unies rapporte que, en 2025, l'organisation a vérifié de multiples incidents de violences sexuelles liées au conflit, y compris comme forme de torture, infligés à quatorze hommes, sept femmes, neuf garçons et une fille originaires de la bande de Gaza et de la Cisjordanie occupée. Treize de ces attaques auraient eu lieu l'année dernière, les dix-huit autres remontant à 2023 et 2024.
Les violations décrites incluent le viol, parfois avec des objets, le viol collectif, la tentative de viol, les violences physiques sur les organes génitaux, des tirs ciblés sur cette partie du corps, des attouchements forcés, des fouilles à nu et des examens de cavités corporelles sans motif de sécurité apparent, la nudité forcée et des menaces de viol. Le rapport précise que des viols et des viols collectifs, dans certains cas répétés, ont été perpétrés contre neuf victimes, majoritairement des Palestiniens de Gaza. Les auteurs présumés seraient des membres des forces armées et de sécurité israéliennes. Les faits se seraient produits principalement lors de détentions et d'interrogatoires dans plusieurs sites, notamment des camps militaires, des points de contrôle et durant des opérations militaires israéliennes dans le territoire palestinien occupé.
Parmi les survivants, on compterait des journalistes et des défenseurs des droits humains. Le rapport indique que, dans certains cas, les violences ont été filmées ou photographiées, y compris un cas de viol. Les violences sexuelles contre les détenues auraient principalement pris la forme de menaces de viol, de nudité forcée, d'attouchements non désirés et de fouilles à nu dégradantes sans justification. Les hommes et les garçons, quant à eux, auraient été visés par des viols, des tentatives de viol et des violences sur les organes génitaux, entraînant chez cinq victimes masculines des saignements rectaux sévères ou des gonflements persistants pendant plusieurs jours ou semaines.
Réaction israélienne et divergence sur la coopération
L'ambassadeur d'Israël auprès de l'ONU, Danny Danon, a qualifié ces allégations de « ridicules » sur le réseau social X, affirmant que son pays avait invité la représentante des Nations unies à vérifier les faits sur place, mais que celle-ci aurait choisi de ne pas venir.
De son côté, Pramila Patten, la responsable onusienne auteure du rapport, a indiqué aux journalistes, lors d'une conférence de presse au siège de l'ONU à New York, qu'elle n'avait « jamais reçu la moindre information sur les mesures prises par le gouvernement israélien concernant la mise en œuvre de mesures préventives ». Elle a précisé avoir adressé plusieurs demandes écrites, et parfois lors de réunions, pour obtenir des détails sur les premières étapes, y compris l'émission d'ordres de commandement, l'accès à l'information et les mesures de responsabilisation, sans obtenir de réponse sur le fond des mesures préventives. Mme Patten a confirmé avoir reçu une invitation de la part d'Israël, mais a évoqué des désaccords sur la portée de la visite et les questions d'accès et de coopération. La visite a finalement dû être suspendue en raison de la guerre menée par Israël dans la bande de Gaza.
La Russie également ajoutée à la liste
Le rapport de l'ONU contient également des descriptions d'abus commis par l'armée russe, après que des enquêtes ont mis en évidence des schémas persistants de violences sexuelles. La mission de l'ONU pour les droits de l'homme en Ukraine a vérifié 310 cas de violences sexuelles liées au conflit perpétrées par les forces armées et de sécurité russes. Ces cas, incluant des viols, des viols collectifs, des mutilations génitales, des décharges électriques et des coups sur les organes génitaux, ont touché 280 hommes, 26 femmes et quatre filles.
Une liste de 77 parties responsables
L'annexe du rapport recense 77 parties jugées responsables de schémas de violences sexuelles liées aux conflits, dont 62 acteurs non étatiques. Les nouvelles inscriptions comprennent, outre Israël et la Russie, trois groupes armés non étatiques. L'ONU souligne que cette liste vise à mettre en lumière les situations les plus graves et à encourager les mesures de prévention et de responsabilisation.