L’Afrique du Sud se dirige vers un resserrement monétaire inédit depuis 2023. Sous l’effet de la hausse des cours du pétrole brut, conséquence directe du conflit impliquant l’Iran, la banque centrale du pays (South African Reserve Bank, SARB) s’apprête à relever son taux directeur. Ce serait la première augmentation du coût du crédit en près de trois ans, alors que l’économie sud-africaine subit de plein fouet les turbulences géopolitiques internationales.

Un choc pétrolier amplifié par la guerre iranienne

Les prix du pétrole ont bondi ces dernières semaines, poussés par les perturbations dans les routes maritimes du détroit d’Ormuz – un passage stratégique pour environ 20 % du trafic mondial de brut. Le conflit iranien a provoqué une onde de choc sur les marchés énergétiques. Or l’Afrique du Sud, bien qu’elle ne soit pas un importateur massif de pétrole iranien, est sensible à la volatilité des prix mondiaux. L’essence et le diesel, produits raffinés consommés localement, sont directement indexés sur les cours internationaux.

L’inflation sud-africaine, qui avait commencé à ralentir après une série de hausses de taux en 2022‑2023, est repartie à la hausse. Les consommateurs subissent une pression accrue sur le pouvoir d’achat, et les entreprises voient leurs coûts de production grimper. La SARB, qui avait maintenu son taux repo inchangé depuis septembre 2023, se trouve aujourd’hui contrainte d’agir.

Un consensus des marchés en faveur d’un tour de vis

Selon les anticipations des investisseurs et des analystes, la probabilité d’un relèvement du taux directeur est jugée très élevée. Les contrats à terme sur le taux repo suggèrent une hausse d’au moins 25 points de base lors de la prochaine réunion du comité de politique monétaire (MPC) de la SARB. Certains prévisionnistes n’excluent pas un geste plus fort, de l’ordre de 50 points de base, si les pressions inflationnistes s’avèrent persistantes.

L’économie sud-africaine, qui frôle la récession avec une croissance atone et un chômage endémique, pourrait mal supporter un resserrement monétaire. Mais la banque centrale, dont le mandat principal est le contrôle de l’inflation, semble prioriser la stabilité des prix face aux risques de surchauffe importée.

Des conséquences sur le rand et la dette publique

Le rand, déjà volatil, a subi des fluctuations importantes. Une hausse des taux pourrait dans l’immédiat soutenir la devise en attirant des capitaux étrangers en quête de rendement. Cependant, le coût du service de la dette publique – déjà très élevé – augmenterait mécaniquement, ce qui inquiète le Trésor sud-africain. Le pays affiche un ratio d’endettement public parmi les plus élevés des marchés émergents.

Le gouverneur de la SARB, Lesetja Kganyago, a récemment souligné que la banque centrale n’hésiterait pas à « faire ce qui est nécessaire » pour ramener l’inflation dans la fourchette cible de 3 à 6 %. Les chiffres les plus récents montrent que l’inflation annuelle a dépassé 6 %, franchissant le seuil supérieur de la cible, ce qui justifie une action rapide.

Un précédent rare dans les économies émergentes

Alors que de nombreuses banques centrales à travers le monde ont commencé à baisser leurs taux ou à les maintenir stables, l’Afrique du Sud fait figure d’exception. Ce mouvement de hausse, s’il se confirme, serait l’un des premiers resserrements monétaires dans une grande économie émergente depuis le déclenchement du conflit iranien. Il illustre comment une crise géopolitique régionale peut se propager à des économies lointaines via les canaux des matières premières.

La décision du MPC est attendue avec impatience par les acteurs économiques. La prochaine réunion, prévue dans les jours à venir, déterminera dans quelle mesure la politique monétaire sud-africaine s’ajuste à un environnement international devenu plus instable.