Le Chemical Safety Board (CSB), une petite agence indépendante chargée d'enquêter sur les déversements chimiques et autres catastrophes industrielles, a lancé un avertissement public à l'administration Trump. Dans une lettre rendue publique cette semaine, les deux seuls membres encore en fonction de l'agence — Steve Owens, le président, et Sylvia E. Johnson — ont exhorté l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA) à ne pas supprimer plusieurs dispositions clés d'une réglementation sur les risques chimiques adoptée sous l'ancien président Joe Biden.
Le CSB est lui-même menacé de disparition. Depuis un an, l'administration Trump a proposé de le supprimer dans le cadre de ses coupes budgétaires. Malgré cette pression, l'agence a choisi de s'opposer frontalement à la révision des règles de sécurité mises en place pour prévenir les accidents dans des milliers d'installations industrielles.
Un « recul significatif » selon le CSB
Dans leur lettre, Owens et Johnson affirment que l'administration prend « un recul significatif » dans la prévention des catastrophes chimiques. Ils demandent le maintien des audits obligatoires dans les usines ayant déjà connu des accidents, ainsi que des mesures encourageant le recours à des produits chimiques de substitution plus sûrs. Ils plaident également pour la conservation des exigences imposant aux sites d'adopter de nouvelles protections face aux tempêtes, inondations et autres risques liés au changement climatique.
Autre point sensible : la disposition dite « stop work » (arrêt de travail), qui permet aux employés de suspendre leurs activités s'ils les jugent dangereuses. Le CSB insiste pour que cette protection soit maintenue.
Réactions contrastées
Rick Engler, ancien membre du CSB, a qualifié la démarche de courageuse. « C'est typiquement un combat de David contre Goliath, a-t-il déclaré. L'EPA a clairement besoin d'un contrôle, car elle prend des mesures qui ne feront que mettre en danger la sécurité des travailleurs et du public. »
De son côté, Brigit Hirsch, porte-parole de l'EPA, a indiqué que l'agence accueillait favorablement les contributions du CSB. « Les États-Unis ont connu des décennies de progrès dans la réduction et la prévention des accidents chimiques, des progrès réalisés sans les charges réglementaires excessives imposées par la règle de l'ère Biden », a-t-elle affirmé.
Contexte d'accidents récents
Cette controverse survient alors qu'un accident chimique mortel s'est produit le mois dernier à Institute, en Virginie-Occidentale. Une fuite à la raffinerie Catalyst Refiners a tué deux personnes, rappelant la persistance des risques industriels.
Le CSB, créé en 1998, dispose d'un budget modeste mais d'un mandat crucial : enquêter sur les incidents chimiques majeurs et formuler des recommandations de sécurité. Son existence même est aujourd'hui en jeu, ce qui rend sa prise de position d'autant plus remarquable. L'agence compte normalement cinq membres, mais les postes vacants ne sont pas pourvus sous l'actuelle administration.
Un conflit sur la régulation
Le bras de fer entre le CSB et l'EPA s'inscrit dans un effort plus large de l'administration Trump pour réduire ce qu'elle considère comme des contraintes réglementaires excessives. Les règles contestées avaient été finalisées en 2024 par l'EPA sous Biden, après plusieurs années de consultation. Elles visaient à renforcer la sécurité dans les industries chimiques, pétrolières et autres secteurs à risque.
Les défenseurs de l'environnement et des droits des travailleurs redoutent que l'abandon de ces mesures n'entraîne une hausse des accidents. Les partisans de la dérégulation estiment au contraire qu'elles imposent des coûts inutiles sans améliorer significativement la sécurité.
La lettre du CSB n'a pas de force contraignante, mais elle constitue un signal fort de la part d'une agence fédérale censée garantir l'indépendance des enquêtes de sécurité. Reste à savoir si l'EPA en tiendra compte dans sa décision finale.