Le gouvernement fédéral allemand doit se prononcer mercredi sur un vaste programme de relance de la défense civile, doté d’une enveloppe de dix milliards d’euros (11,6 milliards de dollars) à déployer d’ici 2029. L’initiative, portée par le ministre de l’Intérieur Alexander Dobrindt, répond à un constat d’urgence : les infrastructures de protection sont vieillissantes, les capacités d’intervention insuffisantes et les menaces, notamment hybrides en provenance de Russie, jugées croissantes.

Des investissements massifs dans les équipements et les effectifs

Selon le porte-parole du ministre, le paquet comprend l’acquisition d’environ un millier de véhicules spécialisés. Près d’un tiers des fonds sera consacré à la modernisation des bâtiments de l’Agence fédérale pour l’assistance technique (THW), ainsi qu’à son personnel et à ses équipements technologiques. Le THW, qui dispose actuellement d’un budget annuel d’environ 500 millions d’euros et emploie quelque 2 200 personnes, s’appuie également sur environ 88 000 bénévoles. Le porte-parole n’a pas précisé si d’autres organisations de secours, comme la Croix-Rouge, bénéficieraient aussi de cette enveloppe.

Extension des capacités médicales d’urgence

Le plan prévoit également le renforcement de la Force opérationnelle médicale (MTF), structure existante depuis 2007 mais plusieurs fois remaniée. Plus de cinquante sites à travers le pays seront préparés à faire face à un afflux soudain de victimes en cas de catastrophe de masse.

Des abris insuffisants face à une population de 84 millions d’habitants

Le retard à rattraper est considérable, notamment en matière d’abris antiaériens. L’Allemagne ne dispose que d’environ 600 bunkers, souvent vétustes, capables d’accueillir seulement 478 000 personnes, soit à peine 0,56 % des 84 millions d’habitants que compte le pays, selon l’Office fédéral de la protection civile et de l’assistance en cas de catastrophe (BBK). L’Association allemande des villes et communes (DStGB), qui représente quelque 14 000 collectivités locales, avait déjà réclamé dès 2024 une enveloppe de dix milliards d’euros pour la seule remise en état de ces bunkers.

Un tournant après des crises révélatrices

La prise de conscience des lacunes allemandes en matière de préparation aux crises a été accélérée par plusieurs événements. La catastrophe des inondations de la vallée de l’Ahr, en juillet 2021, avait fait 135 morts en Rhénanie-Palatinat et 47 en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Les systèmes d’alerte précoce avaient alors montré leurs défaillances, de même que l’absence de sirènes. Plus récemment, l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022 a poussé l’ancien chancelier Olaf Scholz à proclamer un changement d’ère (Zeitenwende), replaçant la défense civile au sommet des priorités.

Menaces hybrides et tensions géopolitiques

Le porte-parole du ministère de l’Intérieur a justifié l’urgence des mesures par la multiplication des « menaces hybrides, également en provenance de Russie ». Il a affirmé qu’il s’agit désormais de passer à l’action concrète. Le plan, qui doit être entériné par le conseil des ministres, s’inscrit dans une volonté de doter l’Allemagne d’une véritable culture de la résilience, après des décennies de paix relative qui ont favorisé un certain relâchement face aux risques extérieurs et intérieurs.