L’Arménie a conclu un accord de partenariat stratégique avec les États-Unis, marquant une étape supplémentaire dans son rapprochement avec l’Occident alors que le pays s’apprête à tenir des élections législatives en juin. L’accord a été signé mardi à l’aéroport international de Zvartnots, à Erevan, par le secrétaire d’État américain Marco Rubio et le ministre arménien des Affaires étrangères Ararat Mirzoian.
Ce texte constitue « la plus grande étape à ce jour pour faire de cette route historique une réalité, pour faire progresser la paix et pour accroître la prospérité en Arménie et, franchement, dans la région », a déclaré Marco Rubio lors de la cérémonie de signature. Outre le partenariat stratégique, les deux parties ont également signé un cadre sur les minerais critiques et un accord de coopération relatif à un couloir de transit.
Un corridor baptisé « Trump Route »
Ce corridor, long de 43 kilomètres, traverserait le sud de l’Arménie et offrirait à l’Azerbaïdjan un accès direct à l’enclave du Nakhitchevan et, au-delà, à la Turquie, alliée de Bakou. Dénommé « Trump Route for International Peace and Prosperity » (TRIPP), il fait partie de l’accord de paix signé entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan en août dernier, sous la supervision des États-Unis. Un document du département d’État américain précise que les États-Unis détiendront 74 % des parts de la « TRIPP Development Company », avec l’engagement explicite de favoriser les entreprises américaines.
Le virage arménien vers l’Occident
Le Premier ministre Nikol Pachinian, qui a multiplié les gestes d’ouverture envers les États-Unis et l’Europe, se trouve sous la pression des partis prorusses avant le scrutin de juin. L’Arménie était historiquement un allié proche de la Russie sur les plans sécuritaire et économique, mais la guerre du Haut-Karabakh en 2023 a provoqué un basculement. Moscou, alors engagé dans son propre conflit en Ukraine, n’est pas intervenu militairement lorsque l’Azerbaïdjan a lancé une offensive majeure dans cette région à majorité arménienne.
Depuis, Erevan a accentué son rapprochement avec l’Occident. L’année dernière, les forces armées des deux pays ont mené leurs premiers exercices conjoints. La Russie, de son côté, a averti qu’elle pourrait augmenter le prix du gaz qu’elle fournit à l’Arménie si celle-ci poursuit son intégration aux structures occidentales.
Un partenariat économique avant tout
L’administration du président Donald Trump envisage ses relations avec l’Arménie sous un angle essentiellement économique. « Nous posons les bases du type d’engagement économique qui permet aux Arméniens de gagner de l’argent et de trouver la prospérité, et aux Américains de faire de même, ensemble – c’est l’un des moyens les plus solides de lier les nations », a déclaré Marco Rubio.
De son côté, le chef de la diplomatie arménienne a souligné que « les relations stratégiques globales entre nos deux nations sont plus fortes que jamais ». L’accord prévoit également une coopération dans le domaine des minerais critiques, élément clé pour la transition énergétique et technologique.
Des enjeux politiques internes
La signature de ce partenariat intervient à un moment sensible pour Nikol Pachinian, qui brigue un nouveau mandat lors des élections du mois de juin. Les partis prorusses, hostiles au rapprochement avec Washington, pourraient capitaliser sur le mécontentement d’une partie de la population. Le gouvernement arménien affiche néanmoins sa volonté de diversifier ses alliances et de réduire sa dépendance historique à l’égard de Moscou.
L’accord stratégique avec les États-Unis, accompagné du projet de corridor TRIPP, pourrait à la fois renforcer l’économie arménienne et modifier les équilibres régionaux, en offrant à l’Azerbaïdjan une liaison directe avec la Turquie. Les prochains mois diront si ce pari politique et diplomatique portera ses fruits pour Erevan.