Un parcours hors du commun

Mako Nishimura, 5 pieds (environ 1,52 m) et de constitution menue, est probablement la seule femme à avoir été un membre à part entière des yakuza, la redoutable pègre japonaise, pendant près de quarante ans. Selon son témoignage, elle n’a jamais perdu un combat. Sa méthode, décrite avec le calme d’un prêtre de village, consistait à viser d’abord les jambes de son adversaire, avec un gourdin ou une planche de bois, avant de s’acharner.

L’entrée dans l’organisation

L’attitude détendue de Nishimura face à la violence a attiré l’attention des yakuza en 1986. À 19 ans, fugueuse et ancienne détenue d’un centre pour mineurs, elle vivait à Gifu, une ville proche de Nagoya. Un soir de cette année-là, une amie enceinte prénommée Aya l’appelle à l’aide. Nishimura saisit une batte de baseball, court dans la rue et surprend Aya entourée de cinq hommes. Lorsque l’un d’eux donne un coup de pied dans le ventre d’Aya, Nishimura crie à son amie de fuir, puis attaque ses agresseurs avec sa batte. À l’arrivée de la police, les agresseurs sont couverts de sang et Nishimura s’est enfuie. Elle se cache à Tokyo, à près de 270 km de là. Deux semaines plus tard, lorsqu’elle revient à Gifu, un homme l’aborde dans une boîte de nuit. C’est un membre de l’Inagawa-kai, l’un des plus grands syndicats du crime organisé japonais. Il veut qu’elle rejoigne leurs rangs. Nishimura faisait déjà partie d’un gang de motards appelé Worst, dont les membres, vêtus de combinaisons blanches, couraient et volaient.

L’addiction et le déclin

Mais l’addiction à la drogue et la lente disparition des gangs criminels ont failli la détruire. Le récit de Nishimura illustre la fin d’une ère pour les yakuza, dont le nombre de membres et l’influence n’ont cessé de diminuer au Japon depuis des décennies, sous l’effet de la répression policière et des évolutions sociétales. Elle a été surnommée « l’enfant du diable ».