Une résidence au cœur du Prado

Par un matin frais de printemps à Madrid, le musée du Prado n'a pas encore ouvert ses portes au public. Dans ce silence inhabituel, l'écrivaine franco-marocaine Leïla Slimani déambule dans une salle du sous-sol, là où sont exposées les œuvres les plus sombres de Francisco Goya : ses célèbres « peintures noires ». Slimani, qui a passé deux semaines en résidence au musée, y puise une matière créative pour son travail.

Une métaphore de l'intimité

Interrogée sur le lien entre littérature et érotisme, Slimani développe une analogie audacieuse : « L'écriture est exactement comme l'amour : il faut le faire dans le noir. » Pour elle, l'acte d'écrire relève d'une clandestinité essentielle, d'une plongée dans l'inconnu et l'intime, à l'image de la relation amoureuse. Elle estime que la littérature est intrinsèquement érotique car elle exige une vulnérabilité et un abandon de soi.

Goya, peintre du futur

Parmi les tableaux qui la fascinent, Slimani cite « Saturne dévorant un de ses fils », une toile violente où le dieu dévore son propre enfant. « Goya a peint le futur. Il a vu des choses que les autres ne voient pas », explique-t-elle. Les « peintures noires », réalisées à la fin de la vie de l'artiste, incarnent une vision désenchantée de l'humanité, que Slimani trouve profondément inspirante pour aborder les zones d'ombre de l'existence.

Un récit personnel longtemps retenu

L'écrivaine évoque également un sujet intime : son père, emprisonné puis réhabilité à titre posthume. Elle confie avoir longtemps hésité à écrire sur cette histoire familiale, avant de finalement s'y atteler, trouvant dans la noirceur de Goya un écho à cette tragédie personnelle. Ce n'est qu'après avoir accepté la part d'obscurité qu'elle a pu livrer ce récit.

La littérature comme espace de liberté

Pour Slimani, la force de la littérature réside dans sa capacité à explorer les recoins les plus secrets de la psyché humaine, sans censure. L'érotisme, loin d'être une simple provocation, devient un outil pour sonder les désirs et les peurs. Sa résidence au Prado, au contact des œuvres de Goya, confirme cette conviction : l'art le plus puissant est celui qui ose regarder l'obscurité en face.