Un boom malgré les vents contraires
Alors que Donald Trump, de retour à la Maison-Blanche, multiplie les décrets hostiles aux énergies renouvelables, l’éolien offshore connaît un essor sans précédent sur les côtes des États-Unis. En dépit d’une opposition politique féroce, les projets se multiplient, signalant un changement irréversible dans le paysage énergétique américain.
Des projets concrets en cours
Plusieurs parcs éoliens offshore sont désormais à des stades avancés de développement. Au large de la Nouvelle-Angleterre, le projet Vineyard Wind, au Massachusetts, a déjà commencé à produire de l’électricité. En Virginie, le projet Coastal Virginia Offshore Wind (CVOW) de Dominion Energy, prévu pour 2026, devrait devenir le plus grand parc éolien offshore des États-Unis. Plus au sud, la Caroline du Nord a attribué des zones de location pour des projets, tandis que la Californie prépare pour la première fois des enchères pour des installations flottantes en eaux profondes. New York, le New Jersey et le Rhode Island ont également lancé des appels d’offres pour des capacités supplémentaires.
Les limites du pouvoir présidentiel
L’administration Trump a tenté de freiner ce mouvement. Le président a signé un décret suspendant les nouveaux baux fédéraux pour l’éolien offshore, et son ministre de l’Intérieur a ordonné un examen des projets déjà approuvés. Pourtant, la plupart des initiatives en cours relèvent de décisions prises au niveau des États – qui fixent leurs propres objectifs de réduction des émissions et d’énergie propre. « Les États ont le pouvoir de commander de l’électricité renouvelable, et ils le font », résume un analyste du secteur. Cette architecture fédérale rend difficile un blocage total par le gouvernement fédéral.
Un contexte de demande croissante
La demande d’électricité aux États-Unis, portée par l’essor des centres de données, de l’intelligence artificielle et de l’électrification des transports, ne cesse d’augmenter. Les prévisionnistes estiment que la consommation américaine pourrait croître de près de 40 % d’ici 2030. Face à cette pression, les grands fournisseurs d’électricité se tournent vers l’éolien offshore, dont les facteurs de capacité – le ratio entre production réelle et production maximale théorique – sont plus élevés que ceux de l’éolien terrestre. Un dirigeant de Dominion Energy a souligné que « l’éolien offshore offrira une électricité fiable et à grande échelle, à un moment où nos clients en ont le plus besoin ».
Des investissements colossaux
Les sommes en jeu sont considérables. Le projet CVOW de Dominion représente à lui seul un investissement de près de 10 milliards de dollars. Dans le New Jersey, le projet Ocean Wind de Ørsted, d’un montant de 3,5 milliards de dollars, a été approuvé malgré l’opposition locale. Des entreprises comme BP, Equinor et Shell ont également acquis des droits de développement au large des côtes américaines. L’État de New York a déjà attribué des contrats pour plus de 6 000 mégawatts d’éolien offshore, avec un objectif de 9 000 MW d’ici 2035.
Des obstacles persistants
Le chemin n’est pas sans embûches. Les opposants pointent les risques pour la faune marine, notamment les baleines, et l’impact visuel sur les paysages côtiers. Des recours en justice ont été déposés contre plusieurs projets. Dans le Maine, un projet pilote a été bloqué par un tribunal pour des questions d’impact environnemental. Les coûts de construction ont également augmenté, en raison de l’inflation et des tensions sur les chaînes d’approvisionnement. Certains projets ont été retardés ou renégociés à des tarifs plus élevés.
Une dynamique qui semble irréversible
Malgré ces difficultés, la tendance de fond est à l’accélération. Les analyses du secteur estiment que la capacité installée d’éolien offshore aux États-Unis pourrait passer de moins de 1 gigawatt aujourd’hui à plus de 30 gigawatts d’ici 2030, puis à 110 gigawatts d’ici 2050. Cette prévision, avancée par l’association professionnelle American Clean Power, est fondée sur les engagements déjà pris par les États et les investissements privés. « Ce n’est pas une question de volonté politique, c’est une question de réel économique », explique un consultant en énergie. « L’éolien offshore est devenu compétitif, et les entreprises veulent y être. »
Un test pour la transition énergétique
L’administration Trump, tout en défendant les énergies fossiles, n’a pas complètement fermé la porte à l’éolien offshore. Certains commentateurs estiment que la réalité du marché et les besoins des États finiront par s’imposer au discours politique. La question est désormais de savoir si le cadre réglementaire fédéral – entre révisions des permis et possibles nouvelles taxes – parviendra à ralentir significativement cette dynamique. Mais pour l’instant, les grues s’élèvent au large des côtes, et les turbines tournent.