Le pape Léon XIV a publié cette semaine une encyclique intitulée « Magnifica Humanitas », un texte de près de cinquante pages consacré à l’intelligence artificielle et à ses implications éthiques. Rédigé pour le 135e anniversaire de l’encyclique « Rerum Novarum », ce document marque une prise de position ferme du Vatican sur les dérives du secteur technologique.

L’IA, une technologie qui n’est jamais neutre

« Nous ne pouvons pas considérer l’IA comme moralement neutre », écrit le pape. Pour lui, chaque algorithme incorpore des choix humains implicites : ce qu’il mesure, ce qu’il favorise ou ce qu’il écarte. Les valeurs des concepteurs se trouvent ainsi inscrites dans le code bien avant que l’outil ne soit utilisé. S’interroger uniquement sur le bon ou le mauvais usage de la technologie arrive donc trop tard selon le souverain pontife.

Le pape relève également que les systèmes d’IA modernes ne sont pas « programmés » comme des logiciels classiques, mais entraînés sur des milliards de données. Leurs créateurs eux‑mêmes peinent souvent à expliquer pourquoi une décision a été prise. Léon XIV parle d’IA « cultivées plutôt que construites », soulignant le flou éthique qui entoure leur fonctionnement : si personne ne comprend vraiment la machine, qui peut être tenu responsable de ses erreurs ?

Deux métaphores bibliques pour éclairer le débat

Pour illustrer sa pensée, le pape puise dans deux récits de la Bible. D’un côté, la tour de Babel, construction titanesque bâtie par des hommes convaincus de pouvoir tout dominer, et qui s’effondre dans la confusion. De l’autre, la reconstruction de Jérusalem par Néhémie, un chantier lent, humble et collectif, mené pierre après pierre au service de tous. « Le premier choix ne se situe pas entre un “oui” ou un “non” à la technologie, mais entre bâtir Babel ou reconstruire Jérusalem », affirme le pape.

Cette opposition sert de cadre à la réflexion proposée par le Vatican : l’IA ne doit pas être une tour d’orgueil, mais un outil au service de l’humanité, construit avec précaution et dans un esprit de coopération.

Monopoles numériques et armes autonomes dans le viseur

L’encyclique s’attaque ensuite à la concentration du pouvoir numérique. Le pape dénonce le fait que les brevets, algorithmes, plateformes et données soient aujourd’hui détenus par un petit nombre d’entreprises privées. Ces ressources, estime‑t‑il, ne devraient pas être la propriété exclusive de quelques‑uns, car elles conditionnent l’accès à l’information, à l’emploi, à la santé et à la culture.

Le texte va plus loin en réclamant un « désarmement » de l’intelligence artificielle. Léon XIV vise particulièrement les systèmes d’armes autonomes, capables de prendre des décisions de vie ou de mort sans intervention humaine. « Il est urgent de mettre en place des mécanismes de contrôle et d’interdiction », affirme le pape, qui invite la communauté internationale à négocier un traité contraignant sur ces armements.

Un appel à une régulation éthique mondiale

Au‑delà de la critique, le souverain pontife appelle à une régulation éthique de l’IA à l’échelle planétaire. Il souhaite que les décisions concernant le développement et le déploiement des algorithmes soient prises de manière transparente et participative, en associant les citoyens, les scientifiques et les représentants religieux. Le Vatican entend ainsi devenir un acteur du débat sur les technologies émergentes, dans la continuité de son engagement sur des sujets comme la paix ou la justice sociale.