Des scientifiques écossais exploitent l’intelligence artificielle pour accélérer la recherche de médicaments contre des affections neurologiques, en analysant des données de patients et des cellules cérébrales cultivées en laboratoire. Les travaux, menés à l’Institut britannique de recherche sur la démence (UK DRI) à Édimbourg, visent à repérer parmi les quelque 1 500 médicaments déjà approuvés pour d’autres maladies ceux qui pourraient être réutilisés pour traiter des pathologies comme la sclérose latérale amyotrophique (SLA), la maladie de Parkinson ou la démence.

Exploiter les données des patients

Les chercheurs collectent des échantillons de sang, des scanners de l’iris et des enregistrements vocaux de volontaires. L’IA est utilisée pour traiter ces masses de données et détecter des signes précoces de maladies. Parallèlement, des cellules souches issues des patients sont transformées en neurones en laboratoire. Des algorithmes d’apprentissage automatique, entraînés à reconnaître les signatures moléculaires des maladies, testent ensuite les médicaments existants sur ces neurones pour déterminer lesquels pourraient restaurer un état sain.

« Le cerveau est l’organe le plus complexe du corps, et nous devons faire face au paradoxe de cette complexité », explique le professeur Siddarthan Chandran, directeur général de l’UK DRI. « La combinaison de l’IA et des nouvelles technologies nous permet aujourd’hui de faire des choses qui auraient été inimaginables quand j’étais en faculté de médecine. »

Un espoir pour les malades

Parmi les participants aux essais figure Steven Barrett, diagnostiqué avec la SLA il y a dix ans. Ancien haut fonctionnaire, il ressentait un engourdissement dans la jambe avant que le diagnostic ne soit posé. « La SLA est une maladie horrible, elle vous dépouille de ce que vous êtes », confie-t-il depuis son domicile à Alloa, en Écosse. « Elle anéantit tout sentiment d’avenir que vous aviez pu vous construire. »

Il participe à un essai clinique appelé MND-SMART, qui teste simultanément plusieurs médicaments plutôt que de recourir au schéma classique groupe traité / groupe placebo. « Pour moi, la recherche va bien au-delà de la prise d’un comprimé. C’est prendre un comprimé dans l’intention d’obtenir des résultats qui pourront, ou non, m’aider moi, mais qui aideront d’autres personnes », dit-il.

Un potentiel mais aussi des limites

Le réemploi de médicaments déjà autorisés présente l’avantage de pouvoir contourner les longues phases de développement : faire passer un nouveau traitement du laboratoire au marché prend souvent plus de dix ans. La réutilisation pourrait donc offrir des solutions plus rapides et moins coûteuses. L’approche n’est pas inédite dans la recherche biomédicale : d’autres équipes dans le monde utilisent l’IA générative pour trouver des antibiotiques contre des superbactéries ou pour identifier des traitements possibles de maladies rares.

Cependant, le domaine connaît aussi des déconvenues. Une récente analyse de 17 études portant sur 20 342 volontaires a examiné les médicaments lecanemab et donanemab, un temps présentés comme des avancées majeures contre la maladie d’Alzheimer. La conclusion est que leur effet de ralentissement de la progression n’était pas suffisamment significatif pour faire une différence notable pour les patients. Ce résultat a suscité une controverse parmi d’autres scientifiques.

Malgré ces revers, le professeur Chandran se dit confiant : « Nous sommes à un point de bascule dans la recherche neurologique. » L’équipe estime que les algorithmes, en analysant des données complexes bien plus rapidement que les méthodes traditionnelles, pourraient aboutir à des traitements efficaces « en années plutôt qu’en décennies ». Pour Steven Barrett, ces travaux représentent « une lueur d’espoir » pour lui et pour les autres personnes atteintes de maladies apparentées.