L'Iran a accusé mardi les États-Unis d'avoir violé le cessez-le-feu en vigueur depuis près de sept semaines, après des frappes menées par Washington près du détroit d'Ormuz. Le ministère iranien des Affaires étrangères a qualifié ces frappes de « violation grossière » de la trêve, qui avait permis une accalmie dans le conflit déclenché fin février. Des médias iraniens avaient rapporté des explosions dans la province méridionale d'Hormozgan tôt mardi.
Du côté américain, le secrétaire d'État Marco Rubio, en déplacement en Inde, a justifié ces frappes en affirmant qu'elles étaient de nature défensive, visant des sites de missiles et des embarcations qui tentaient de poser des mines. Il a également déclaré que le détroit d'Ormuz devait être rouvert « d'une manière ou d'une autre », soulignant l'importance stratégique de cette voie maritime qui voit passer environ un cinquième du commerce mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié.
Un accord préliminaire en discussion
Les négociations indirectes entre les deux parties ont progressé ces derniers jours autour d'un mémorandum d'entente qui prévoirait une cessation des hostilités sur tous les fronts, la reprise du trafic dans le détroit dans un délai de trente jours, et d'éventuelles mesures de dégel financier. Le négociateur en chef iranien, Mohammad Baqer Qalibaf, est rentré du Qatar où il cherchait à obtenir la libération d'environ 24 milliards de dollars de fonds iraniens gelés à l'étranger, selon des informations iraniennes. Ces fonds constitueraient le dernier point de blocage de l'accord initial.
Ce premier accord laisserait soixante jours aux négociateurs pour aborder des questions plus complexes, notamment le programme nucléaire iranien. Les responsables iraniens ont également insisté sur la nécessité d'un arrêt du conflit au Liban, où la trêve d'avril n'a pas mis fin aux combats entre Israël et le Hezbollah soutenu par Téhéran. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a indiqué mardi qu'Israël « approfondissait ses opérations au Liban » avec « des forces importantes sur le terrain ».
Réaction du Guide suprême et nouvelles tensions
Le Guide suprême iranien, l'ayatollah Mojtaba Khamenei, a réagi aux frappes en publiant sur son compte Telegram un message à l'occasion du pèlerinage annuel du hajj : « Désormais, les slogans “Mort à l'Amérique” et “Mort à Israël” seront les slogans de la nation islamique et du peuple opprimé du monde. » Le président américain Donald Trump avait précédemment utilisé ces slogans comme justification pour l'action militaire contre l'Iran.
Les Gardiens de la révolution iraniens ont déclaré qu'ils se réservaient le droit de riposter. Ils ont affirmé que leurs unités de défense aérienne avaient abattu un drone américain et tiré sur un autre drone ainsi que sur un avion de chasse qui auraient pénétré l'espace aérien iranien au-dessus de la région du Golfe.
Conséquences économiques
Le conflit a provoqué un choc d'approvisionnement pétrolier sans précédent, faisant grimper les coûts du carburant, des engrais et de l'alimentation. Mardi, le baril de Brent, référence mondiale, a augmenté d'environ 3,5 % pour atteindre environ 100 dollars. Le trafic dans le détroit d'Ormuz, normalement vital pour le commerce énergétique mondial, est réduit à une fraction de son niveau habituel depuis le début de la guerre. Les Gardiens de la révolution ont fait état du passage de vingt-cinq pétroliers et autres navires avec leur autorisation au cours des dernières vingt-quatre heures, donnant la priorité aux pays avec lesquels l'Iran entretient des liens étroits.
Perspectives incertaines
Les déclarations de Marco Rubio suggérant qu'il faudrait « quelques jours » pour négocier un accord contrastent avec les accusations de violation du cessez-le-feu. La situation reste tendue, chaque partie campant sur ses positions. L'Iran exige le dégel de ses avoirs comme préalable à tout accord, tandis que Washington insiste sur la reprise du trafic maritime et la prévention de l'acquisition d'armes nucléaires par Téhéran. Le président Trump a également utilisé la crise pour appeler davantage de pays arabes et musulmans, dont l'Arabie saoudite, à rejoindre les Accords d'Abraham.