Au lendemain de frappes américaines sur des positions militaires dans le sud de l'Iran, Téhéran a multiplié les menaces de représailles, faisant planer un doute sur la fragilité des pourparlers diplomatiques en cours. Le Corps des Gardiens de la révolution islamique a déclaré mardi qu'il lancerait une « réponse réciproque décisive » à toute attaque violant le cessez-le-feu, selon des informations concordantes.

Le guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, a quant à lui suggéré que son pays pourrait reprendre les frappes contre les installations militaires américaines dans le golfe Persique, que Téhéran avait déjà ciblées à plusieurs reprises après le début des bombardements américains et israéliens sur l'Iran fin février. « Les aiguilles du temps ne tournent pas en arrière, et les nations et les terres de la région ne serviront plus de boucliers aux bases américaines », a écrit M. Khamenei dans un message publié à l'occasion du début du hajj, le pèlerinage annuel à La Mecque.

Des frappes américaines en « légitime défense »

Ces avertissements iraniens interviennent après que les forces américaines ont frappé, lundi 25 mai, des sites de lancement de missiles dans le sud de l'Iran et détruit deux vedettes rapides des Gardiens de la révolution que des responsables américains accusaient de tenter de poser des mines dans le détroit d'Ormuz, cette voie d'eau du golfe Persique essentielle au transport du pétrole et du gaz naturel. Deux responsables américains, qui se sont exprimés sous couvert d'anonymat pour discuter de questions opérationnelles, ont indiqué que dans les vingt-quatre heures précédant les frappes américaines, l'Iran avait lancé des drones d'attaque à proximité d'une partie de la vingtaine de navires de guerre américains présents dans le golfe d'Oman et la mer d'Arabie. Ces navires participent au blocus imposé aux bâtiments tentant d'entrer ou de sortir des ports iraniens.

Le commandement central américain (CENTCOM) a qualifié les attaques de lundi d'opérations de « légitime défense » visant à « protéger nos troupes des menaces posées par les forces iraniennes ».

Des négociations toujours en cours

Malgré ces tensions, les efforts diplomatiques se poursuivent. Le secrétaire d'État américain Marco Rubio a déclaré mardi que les négociations visant à mettre fin à la guerre se poursuivaient, sans donner de précisions sur leur avancement. Les échanges entre Washington et Téhéran, qui se déroulent par intermédiaires, portent sur plusieurs dossiers sensibles : le programme nucléaire iranien, le retrait des forces américaines de la région, le blocus maritime et le statut des groupes soutenus par l'Iran au Proche-Orient.

Les menaces iraniennes interviennent dans un contexte de conflit élargi. Le 28 février, les États-Unis et Israël ont lancé une campagne de bombardements contre l'Iran, en représailles à une attaque de drones et de missiles iraniens contre des bases américaines et israéliennes. Depuis, le Corps des Gardiens de la révolution a régulièrement visé des bâtiments américains dans le Golfe, tandis que Washington a renforcé sa présence navale et imposé un blocus des ports iraniens, perturbant le trafic pétrolier mondial via le détroit d'Ormuz.

Le guide suprême Khamenei a également fait allusion à la dimension régionale du conflit, en déclarant que les pays de la région ne devraient plus servir de « boucliers » aux bases américaines, une menace implicite adressée aux États du Golfe qui abritent des installations militaires des États-Unis.

Les observateurs estiment que la situation reste très instable, chaque camp cherchant à renforcer sa position à la veille d'éventuelles négociations de paix. La « réponse décisive » promise par les Gardiens de la révolution pourrait prendre la forme de nouvelles frappes de drones ou de missiles contre des navires ou des bases américaines, ou encore d'une escalade dans le détroit d'Ormuz, où des incidents maritimes se multiplient depuis des semaines.