Une érosion accélérée des soutiens traditionnels

L’isolement international d’Israël s’approfondit à un rythme rapide, selon une analyse publiée par une chercheuse senior de la RAND Corporation. Ce phénomène se manifeste par des boycotts, des sanctions, un recul de l’opinion publique et une perte de soutien dans les enceintes multilatérales, constate Shira Efron, titulaire de la chaire sur la politique israélienne à ce think tank et basée à Tel-Aviv.

Parmi les signes récents de cet isolement, elle cite les protestations et les boycotts de plusieurs pays — Irlande, Espagne, Pays-Bas, Islande et Slovénie — lors du concours Eurovision. Dans la foulée, le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a annoncé que le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) demandait un mandat d’arrêt contre lui. Par ailleurs, la France et la Pologne ont interdit l’entrée sur leur territoire à un autre membre du gouvernement israélien, le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir. Tous ces événements se sont produits en l’espace d’un mois.

Un recul marqué dans l’opinion américaine

L’analyse poute particulièrement le changement d’attitude aux États-Unis, allié historique d’Israël. Un sondage du Pew Research Center réalisé en mars indique que 60 % des Américains ont désormais une opinion défavorable d’Israël, contre 42 % en 2022. Le fossé générationnel est frappant : parmi les 18-49 ans, près des trois quarts expriment une opinion négative, une proportion qui atteint 60 % chez les jeunes républicains. « Il est, en bref, presque impossible de trouver une cohorte jeune en Amérique qui regarde Israël et aime ce qu’elle voit », écrit Shira Efron.

Cette tendance n’est pas limitée aux États-Unis. Selon une enquête Pew de l’année précédente, des majorités dans 20 pays sur 24 affichaient une opinion négative d’Israël. Dans des pays aussi variés que l’Australie, la Grèce, l’Indonésie, le Japon, les Pays-Bas, l’Espagne, la Suède et la Turquie, cette proportion atteignait ou dépassait les trois quarts.

Des conséquences politiques et économiques concrètes

Cette défiance se traduit par des actes diplomatiques. Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne ont approuvé ce mois-ci des sanctions contre les colons violents et leurs soutiens. L’accord d’association UE-Israël a failli être suspendu. Plusieurs États européens poussent à l’interdiction des importations de biens produits dans les colonies des territoires occupés. L’an dernier, la Commission européenne a conclu à des violations par Israël de ses obligations en matière de droits de l’homme dans le cadre de cet accord d’association.

Or, souligne l’analyse, la sécurité et l’économie israéliennes sont liées aux États-Unis et à l’Europe. Washington fournit à Israël des armes avancées, du renseignement et un soutien diplomatique aux Nations unies. L’Europe, elle, offre des marchés, des partenariats et des financements vitaux pour la recherche, le développement et le monde universitaire israéliens. « Perdre le soutien public à l’étranger réduit les options stratégiques d’Israël et rend sa sécurité à long terme plus difficile à soutenir », conclut Shira Efron.

L’espoir d’un changement par les urnes

L’article identifie une fenêtre de changement possible : les élections législatives prévues à l’automne. Selon l’auteure, un nouveau gouvernement pourrait signaler une volonté de répondre aux critiques internationales. Les gestes concrets attendus incluent la limitation de la violence des colons, l’arrêt de l’annexion de facto en Cisjordanie, la mise en place d’un plan de reconstruction de Gaza, le rétablissement de relations de travail avec les institutions palestiniennes et un retour à une gouvernance démocratique prévisible. « Cette combinaison de rassurer les Israéliens chez eux tout en offrant des gestes concrets à l’étranger est la seule voie réaliste pour stopper la dérive vers un isolement profond », estime la chercheuse.