Les autorités italiennes ont porté un coup d'arrêt à l'un des plus importants réseaux de piratage de streaming en Europe. L'opération, baptisée "Tutto Chiaro" (tout clair), a été menée par la Guardia di Finanza sous la direction du parquet de Bologne. Elle a conduit au démantèlement de l'application pirate Cinemagoal, qui permettait à ses abonnés d'accéder illicitement à des plateformes de streaming et de musique.

Des perquisitions dans 17 régions italiennes

Plus de 100 perquisitions ont été réalisées dans 17 régions d'Italie. Des saisies coordonnées ont également eu lieu en France et en Allemagne, avec le soutien de l'agence européenne Eurojust, chargée de coordonner les enquêtes judiciaires entre États membres de l'Union européenne. Les enquêteurs ont saisi les serveurs situés à l'étranger qui hébergeaient le code source de l'application et les bases de données contenant les clés de déchiffrement.

Un système sophistiqué de contournement des DRM

Cinemagoal proposait à ses clients un accès à des services tels que Netflix, Disney+, Spotify, Sky et DAZN, pour un abonnement annuel compris entre 40 et 130 euros, soit une fraction du coût cumulé des abonnements légitimes. Pour y parvenir, l'équipe derrière l'application avait mis en place une infrastructure de machines virtuelles installées en Italie. Ces machines capturaient en continu les clés de déchiffrement DRM (les codes numériques qui permettent de lire les contenus protégés) à partir de comptes payants authentiques.

La particularité du système résidait dans le renouvellement de ces clés toutes les trois minutes. Cette fréquence élevée permettait de contourner les outils antifraude déployés par les plateformes légitimes, conçus pour détecter les comportements anormaux sur un compte. En changeant constamment les clés, Cinemagoal rendait sa détection et son blocage particulièrement difficiles pour les ayants droit.

Un préjudice estimé à 300 millions d'euros

L'enquête estime le manque à gagner pour les ayants droit à environ 300 millions d'euros sur plusieurs années. Les autorités ont saisi les serveurs qui hébergeaient le code source complet de l'application ainsi que les bases de données de clés, ce qui devrait empêcher le service de redémarrer sous une autre identité.

Les abonnés également visés

Dans une approche inhabituelle, les autorités italiennes s'attaquent également aux utilisateurs finaux. Environ un millier d'abonnés à Cinemagoal ont été identifiés et reçoivent actuellement des avis d'amende administrative. Les montants des amendes s'échelonnent de 154 à 5 000 euros. Cette stratégie diffère de celle adoptée en France, où les consommateurs de services de piratage sont rarement poursuivis. L'objectif affiché du parquet de Bologne est clairement dissuasif.

Une activité qui perdurait depuis plusieurs années

Cinemagoal fonctionnait sans interruption majeure depuis plusieurs années, ce qui soulève des questions sur la capacité des plateformes de streaming à détecter rapidement ce type de fuite et sur l'efficacité des protections DRM actuelles face à des équipes techniques déterminées. L'opération menée par la Guardia di Finanza constitue une réponse coordonnée et de grande ampleur à ce phénomène.