L'Union européenne a renoncé à son objectif contraignant de réduire de moitié l'utilisation des pesticides d'ici 2030, et les données récentes montrent que les efforts peinent à porter leurs fruits. Selon un rapport détaillant l'évolution de l'usage et des ventes, la tendance est même à la hausse dans plusieurs États membres, tandis que la Commission européenne envisage désormais d'approuver la plupart des pesticides de manière permanente, afin d'alléger les charges réglementaires pesant sur les entreprises.
L'abandon d'un objectif ambitieux
En 2022, la Commission avait proposé un règlement imposant une réduction obligatoire de 50 % de l'utilisation des pesticides par rapport à la moyenne des années 2015-2017. Cette proposition devait être soumise au vote du Parlement européen en 2023. L'ancienne commissaire à la santé et à la sécurité alimentaire, Stella Kyriakides, avait alors déclaré que sans ces changements, le risque d'effondrement des pollinisateurs et des écosystèmes menacerait la sécurité alimentaire et les prix. Mais le texte a finalement été retiré, et la réglementation contraignante a été abandonnée. Aujourd'hui, la Commission se tourne vers une approche moins stricte, qui suscite l'inquiétude des organisations de défense de l'environnement.
Des ventes en hausse dans les grands pays agricoles
Les ventes de pesticides dans l'Union européenne servent d'indicateur de leur utilisation, en l'absence de données harmonisées sur l'usage par pays. En 2024, les cinq principaux pays acheteurs – l'Espagne, la France, l'Italie, l'Allemagne et la Pologne – ont vu leurs ventes augmenter de près de 10 % par rapport à 2023, année où l'objectif de réduction était encore en vigueur. Ces cinq pays, qui sont aussi les premiers producteurs agricoles de l'UE, ont représenté 76 % des ventes totales en 2024.
Par rapport à la moyenne de référence 2015-2017, les ventes ont bondi d'environ un quart en Bulgarie et en Autriche, et ont également augmenté, quoique plus faiblement, en Estonie, en Lettonie et en Lituanie. En revanche, vingt États membres ont enregistré une baisse. L'Italie affiche la plus forte réduction, avec une chute de 33 % de ses ventes. Globalement, les ventes de 2024 étaient inférieures de 14 % à celles de 2015, mais elles ont augmenté de 8 % par rapport à 2023.
Un revirement politique contesté
Lindsey Hendricks-Franco, chercheuse en environnement à l'institut allemand Ecologic Institute, estime que ce changement de cap reflète une réticence générale de l'UE à imposer des contraintes aux agriculteurs perçues comme trop lourdes. Selon elle, des objectifs non contraignants ont peu de chances de réduire l'utilisation des pesticides.
Parallèlement, la Commission examine la possibilité d'approuver la plupart des pesticides de manière permanente, une mesure qui, selon Manon Rouby du Réseau d'action contre les pesticides (PAN International), risquerait de rompre le lien entre l'utilisation des pesticides et leurs impacts sur la santé humaine. L'organisation dénonce un affaiblissement des protections.
Un historique d'efforts insuffisants
Les tentatives de l'UE pour limiter l'usage des pesticides remontent à 2009, avec l'adoption d'une première directive encourageant des pratiques durables et préconisant l'utilisation de ces substances en dernier recours. Mais en 2020, la Cour des comptes européenne avait conclu que la mise en œuvre de cette politique ne parvenait pas à atteindre les objectifs de réduction. Ce constat avait conduit la Commission à proposer la coupe obligatoire de 50 % en 2023, avant son abandon.
Malgré une baisse de 18 % de l'utilisation estimée par l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture par rapport à 2015, l'UE reste parmi les dix premiers utilisateurs mondiaux de pesticides parmi les pays disposant de grandes surfaces cultivées. Les données de l'ONU confirment que le rythme de réduction reste insuffisant pour atteindre les objectifs fixés.