Quatre ans après le dépôt d’une plainte par l’agence californienne des droits civils (CRD) contre Tesla pour un motif présumé de discrimination raciale, un tribunal de l’Alameda County a rejeté la motion du constructeur automobile visant à faire classer l’affaire. La décision, rendue publique le 27 mai 2026 par la CRD, permet à la procédure de se poursuivre vers un procès dont l’ouverture est actuellement fixée au 20 juillet.
Des accusations graves dans l’usine de Fremont
Dans sa plainte initiale déposée en mars 2022, la CRD alléguait que Tesla avait soumis ses employés noirs à un « harcèlement, une discrimination et des représailles » persistants, en particulier dans son usine de Fremont. Selon l’agence, les travailleurs noirs étaient régulièrement insultés par des propos racistes, notamment l’utilisation fréquente du mot « nègre » par des collègues, des superviseurs et même des managers. L’usine de Fremont aurait été surnommée « la plantation » par certains employés, les travailleurs noirs étant qualifiés d’« esclaves ».
Au-delà des insultes, la CRD affirme que les employés noirs étaient relégués à des postes exigeant une forte intensité de main-d’œuvre, maintenus dans des secteurs ségrégués et rémunérés moins que leurs collègues non noirs. Ceux qui se plaignaient auraient fait l’objet de représailles sous forme d’évaluations excessivement sévères, de réprimandes ou de licenciements. L’agence reproche également à Tesla de ne pas avoir mis fin à ces pratiques malgré une connaissance avérée du problème.
La décision du juge Peter Borkon
Le juge de la Cour supérieure de l’Alameda County, Peter Borkon, a examiné la motion de Tesla pour un jugement sommaire — une procédure visant à obtenir un rejet sans procès. Dans son ordonnance datée du 26 mai, il a estimé que Tesla n’avait pas fourni de preuves incontestables suffisantes pour transférer la charge de la preuve à la CRD.
Sur le volet du harcèlement, Borkon a relevé que sur 240 déclarations de témoins présentées par la CRD, toutes rapportaient avoir entendu le mot « nègre » dans l’usine de Fremont, et que sur 228 déclarations soumises par Tesla, 99 personnes indiquaient également avoir entendu ce terme. Selon le juge, cela suggère qu’au moins 339 travailleurs noirs sur environ 12 000 (soit 2,8 %) ont été exposés à ce mot. Il a jugé que les preuves de Tesla, limitées à l’usine de Fremont et possiblement non représentatives, ne permettaient pas d’établir l’absence de harcèlement.
Le magistrat a également rejeté l’argument de Tesla selon lequel ses politiques écrites, ses formations et ses mesures correctives immédiates prouvaient l’absence d’un environnement de travail hostile. « L’existence de politiques écrites ne suffit pas, à elle seule, à établir qu’il n’y a eu ni harcèlement ni discrimination », a-t-il écrit.
Des plaintes portant sur une large période
La décision du juge n’a que partiellement limité le champ temporel des allégations. Si les faits antérieurs au 18 juin 2018 ne pourront pas être invoqués en raison de la prescription, les incidents survenus après cette date restent recevables. Tesla avait demandé une limitation plus stricte, mais le tribunal ne l’a pas suivie sur ce point.
Prochaines étapes
Le directeur de la CRD, Kevin Kish, s’est félicité de la décision. « Les pratiques d’emploi de Tesla restent ancrées dans certains des vestiges les plus laids du passé », a-t-il déclaré dans un communiqué. « Les travailleurs noirs sont moins payés pour leur travail. Ils sont soumis à des insultes racistes. Ils sont menacés de licenciement s’ils s’expriment. Nous nous réjouissons de pouvoir présenter notre dossier devant le tribunal pour demander des comptes à Tesla et protéger les droits des travailleurs de notre État. »
L’affaire, qui pourrait donner lieu à des dommages financiers et à des mesures injonctives, est désormais sur la voie d’un procès en juillet. Tesla, qui n’a pas encore commenté publiquement cette décision, devra répondre des accusations devant un jury.