Une dépendance stratégique accrue

Alors que Vladimir Poutine se rend à Pékin pour des discussions de haut niveau, le partenariat « sans limites » entre la Russie et la Chine affiche un déséquilibre croissant. Depuis le début du conflit ukrainien en février 2022, Moscou a vu ses exportations de marchandises vers la Chine quasiment doubler, mais cette relation s'avère de plus en plus asymétrique, Pékin gagnant en influence sur son partenaire.

En 2024, la Russie a expédié pour environ 129 milliards de dollars (111 milliards d'euros) de biens vers la Chine, principalement du pétrole brut, du charbon et du gaz naturel, vendus à des prix fortement réduits. Selon le Centre pour la recherche sur l'énergie et l'air pur, Pékin a acheté pour plus de 319 milliards d'euros (372 milliards de dollars) de combustibles fossiles russes depuis le début du conflit, offrant à Moscou des devises essentielles pour financer son effort militaire face aux sanctions occidentales.

En retour, la Chine a exporté pour près de 116 milliards de dollars de marchandises vers la Russie en 2024, notamment des machines, de l'électronique et des véhicules, venant remplacer les fournisseurs occidentaux qui ont quitté le marché russe.

Technologies à double usage et contournement des sanctions

Les sanctions occidentales, imposées à partir de 2022 et renforcées à plusieurs reprises, ont coupé l'accès de la Russie aux technologies avancées. Les États-Unis, l'Union européenne, le Royaume-Uni et leurs alliés ont interdit l'exportation de semi-conducteurs, de microélectronique, de machines-outils de précision et d'autres biens à double usage, essentiels à la production d'armements. Ces mesures ont créé des pénuries aiguës en Russie.

Moscou s'est alors tourné vers la Chine, qui, selon des informations rapportées par Bloomberg, a fourni environ 90 % des importations russes de technologies sanctionnées en 2025, contre 80 % l'année précédente. L'obtention de biens comme les machines-outils pour l'assemblage de missiles et de drones est devenue beaucoup plus difficile et coûteuse qu'avant la guerre. La Russie doit utiliser des réseaux de contournement complexes via des pays tiers et paie souvent des primes de près de 90 % par rapport aux prix d'avant-guerre.

Pékin a également fourni à la Russie des images de reconnaissance terrestre, des images satellite à des fins militaires et des drones, comme l'a rapporté Bloomberg l'année dernière. La technologie chinoise a permis à la Russie de maintenir et même d'accroître sa production de missiles, de drones et d'autres armes, soutenant ainsi son économie de guerre.

La dédollarisation des échanges commerciaux

Avec le déclenchement de la guerre en Ukraine, les États-Unis, l'UE et leurs alliés ont exclu les principales banques russes du système de paiement SWIFT et gelé environ 300 milliards de dollars des réserves de la banque centrale russe détenues à l'étranger. Cette mesure a effectivement « armé » le système financier dominé par le dollar contre le Kremlin, rendant les transactions en dollars ou en euros bien plus risquées.

En conséquence, la Russie et la Chine effectuent désormais la plupart de leurs échanges en yuan ou en rouble, réduisant leur dépendance au dollar américain et consolidant leurs circuits financiers bilatéraux.

Un rendez-vous au sommet sous le signe de l'asymétrie

La rencontre entre Vladimir Poutine et Xi Jinping, prévue cette semaine à Pékin, coïncide avec le 25e anniversaire du traité de coopération entre les deux pays. Cet anniversaire met en lumière une relation qui, bien que célébrée comme un partenariat stratégique, expose la Russie à une vulnérabilité croissante face aux priorités de Pékin. La Chine, en tant que principal acheteur d'énergie russe, fournisseur de technologies critiques et soutien financier, détient désormais un levier considérable sur Moscou.