L'action Sivers Semiconductors, groupe suédois spécialisé dans les semi-conducteurs pour les communications photoniques et sans fil, a connu une envolée spectaculaire de 1 700 % en quelques mois. Ce rallye, alimenté par un engouement massif des investisseurs particuliers, a propulsé le titre parmi les plus suivis de la place de Stockholm. Mais le mouvement a également attiré l'attention des vendeurs à découvert, faisant de Sivers l'une des valeurs les plus « shortées » du marché suédois.
Un engouement porté par les traders amateurs
L'ascension de Sivers Semiconductors s'inscrit dans le sillage des « memes stocks » et des valeurs favorites des forums de trading en ligne. Les investisseurs particuliers, souvent coordonnés via des plateformes comme Reddit ou des applications de courtage, ont massivement acheté le titre, provoquant une hausse vertigineuse. En l'espace de quelques mois, la capitalisation boursière de l'entreprise est passée de quelques centaines de millions de couronnes suédoises à plusieurs milliards.
Cette dynamique rappelle celle observée en 2021 avec GameStop et AMC aux États-Unis, où des communautés de traders amateurs ont forcé une hausse brutale des cours en prenant le contre-pied des fonds spéculatifs qui pariaient sur une baisse. Dans le cas de Sivers, le pari baissier est devenu si important que l'action est aujourd'hui considérée comme un « short squeeze » potentiel : une remontée brutale forcée par les vendeurs à découvert qui doivent racheter les titres pour couvrir leurs positions.
Un profil industriel prometteur mais déficitaire
Sivers Semiconductors conçoit des composants pour les réseaux de fibre optique, les liaisons sans fil à très haut débit (5G, 6G) et les capteurs photoniques. La société, basée à Kista, dans la banlieue de Stockholm, a attiré l'attention des investisseurs en raison de ses technologies de rupture dans les semi-conducteurs III-V (arséniure de gallium, phosphure d'indium) utilisés pour les applications à haute fréquence. Plusieurs analystes reconnaissent le potentiel technique de l'entreprise, mais soulignent qu'elle n'a pas encore atteint la rentabilité. Les derniers résultats publiés montrent des pertes nettes et un chiffre d'affaires modeste, loin des valorisations atteintes en Bourse.
Les risques d'un retour de flamme
Le statut de valeur la plus « shortée » de Stockholm expose Sivers à un risque de « short squeeze » sévère. Si le cours continue de monter, les vendeurs à découvert seront contraints de racheter les actions pour limiter leurs pertes, ce qui pourrait amplifier encore la hausse. À l'inverse, un désengagement brutal des spéculateurs à la hausse pourrait provoquer une chute tout aussi violente.
Les autorités de régulation financière suédoises surveillent la situation, sans intervenir directement pour l'instant. Plusieurs courtiers ont temporairement restreint l'achat de l'action via des produits dérivés ou à effet de levier, afin de limiter les risques pour les investisseurs particuliers.
Un signal pour les marchés européens
L'épisode Sivers illustre la montée en puissance des investisseurs particuliers en Europe dans la formation des cours de Bourse. Alors que ce phénomène était jusqu'ici surtout observé aux États-Unis, il gagne désormais les places européennes, où des valeurs de taille moyenne ou faible peuvent être brutalement animées par des mouvements coordonnés. Les gérants de fonds traditionnels doivent désormais composer avec cette nouvelle force de marché, capable de déstabiliser les stratégies de vente à découvert les plus sophistiquées.
Dans le cas de Sivers, le dénouement reste incertain : l'entreprise devra démontrer sa capacité à commercialiser ses technologies pour justifier sa valorisation. En attendant, la bataille entre « bulls » et « bears » fait rage sur le Nasdaq Stockholm, avec des volumes d'échanges records et une volatilité qui pourrait se prolonger.