Les marges pratiquées par la grande distribution sur les fruits et légumes bio sont significativement plus élevées que sur leurs équivalents conventionnels, révèle une étude de l'association de consommateurs Que Choisir. Selon cette enquête, publiée ce mercredi, les distributeurs multiplient par deux, voire par trois, leurs marges sur les produits issus de l'agriculture biologique, une pratique qualifiée par l'association de « marge opportuniste sur un marché de niche ».
L'étude, qui a passé au crible les prix de plusieurs enseignes, montre que les fruits et légumes bio sont vendus avec un taux de marge moyen de 40 %, contre environ 20 % pour les produits conventionnels. Cette différence s'explique, selon Que Choisir, par le fait que la grande distribution profite de la disposition des consommateurs à payer plus cher pour des produits considérés comme plus sains et respectueux de l'environnement, sans pour autant répercuter la totalité des surcoûts de production liés au bio sur les prix de vente.
Des marges « injustifiées »
L'association estime que ces marges supplémentaires ne sont pas justifiées par des coûts logistiques ou de distribution plus élevés. Elle souligne que les circuits d'approvisionnement et de vente sont les mêmes pour les produits bio et conventionnels, et que les seuls coûts supplémentaires devraient provenir des prix d'achat aux producteurs, qui sont effectivement plus élevés en bio. Or, l'étude constate que les prix de vente en magasin augmentent bien plus que la différence de prix d'achat, créant un « effet de ciseaux » qui profite aux distributeurs.
Que Choisir pointe du doigt des pratiques « déloyales » qui pénalisent les consommateurs tout en fragilisant les producteurs bio. En effet, si les marges des distributeurs augmentent, les agriculteurs bio, eux, ne voient pas nécessairement leurs revenus s'améliorer, car les prix d'achat restent sous pression. L'association appelle les pouvoirs publics à encadrer ces marges pour garantir une rémunération équitable à tous les maillons de la chaîne.
Les distributeurs se défendent
Face à ces accusations, les distributeurs contestent les conclusions de l'étude. Ils avancent que les coûts de gestion des rayons bio sont plus élevés, en raison de volumes de vente plus faibles et d'une logistique plus complexe (par exemple, la nécessité de séparer les produits bio des conventionnels pour éviter les contaminations). Ils estiment également que les marges plus élevées sont nécessaires pour compenser le risque de pertes et de gaspillage, plus important sur des produits à rotation plus lente.
Certaines enseignes interrogées affirment que leur marge sur le bio n'est pas systématiquement plus élevée, et que les différences constatées par l'étude pourraient s'expliquer par des variations ponctuelles ou des promotions. Elles rappellent par ailleurs que la concurrence entre les distributeurs sur le segment du bio est forte, et que les prix sont souvent alignés sur ceux des concurrents.
Un enjeu pour le pouvoir d'achat
Cette polémique intervient dans un contexte où le pouvoir d'achat des ménages est au cœur des préoccupations. Les produits bio, déjà plus chers à l'achat, deviennent de moins en moins accessibles pour une partie des consommateurs, ce qui pourrait freiner la croissance du marché biologique en France. Selon les dernières données, la consommation de produits bio a marqué le pas ces derniers mois, et cette étude de Que Choisir pourrait renforcer la méfiance des consommateurs à l'égard de la grande distribution.
L'association de consommateurs recommande aux consommateurs de comparer les prix, de se tourner vers les circuits courts ou les magasins spécialisés bio, et d'être attentifs aux promotions. Elle demande également au gouvernement d'intégrer la question des marges dans les discussions en cours sur la loi alimentation et le plan de soutien à l'agriculture biologique.
Vers une régulation des marges ?
La publication de cette étude relance le débat sur la nécessité d'une meilleure régulation des marges dans la grande distribution, en particulier sur les produits alimentaires. Plusieurs associations de consommateurs et syndicats agricoles réclament depuis longtemps un encadrement des marges pour garantir une juste répartition de la valeur ajoutée. Le gouvernement, de son côté, a déjà mis en place des observatoires des prix et des marges, mais sans imposer de plafond. Cette nouvelle étude pourrait pousser à des mesures plus contraignantes, même si les distributeurs mettent en garde contre une régulation excessive qui pourrait nuire à la compétitivité du secteur.
En attendant, les consommateurs sont invités à redoubler de vigilance lors de leurs achats de fruits et légumes bio, et à privilégier les produits de saison et locaux, souvent moins chers et tout aussi respectueux de l'environnement.