La guerre entre les États-Unis, Israël et l'Iran, déclenchée fin février, a ravivé la vulnérabilité chronique du détroit d'Ormuz, une artère pétrolière mondiale. Téhéran a mis à exécution sa menace de fermer le passage, bloquant des centaines de pétroliers et privant le monde d'environ un cinquième de son approvisionnement énergétique.

Un choc pétrolier historique

Cette situation rappelle les années 1980-1988, lorsque la guerre Iran-Irak avait transformé le détroit en champ de bataille. À l'époque, l'Arabie saoudite avait réagi en construisant l'oléoduc Est-Ouest, reliant ses champs pétroliers à la mer Rouge. Les Émirats arabes unis avaient suivi avec le pipeline Habshan-Fujairah, débouchant sur le golfe d'Oman.

Aujourd'hui, ces infrastructures fonctionnent à plein régime. L'oléoduc saoudien, long de 1 200 kilomètres, a vu sa capacité passer de 5 à 7 millions de barils par jour (bpj) depuis le début du conflit. Les Émirats acheminent quant à eux 1,8 million de bpj vers le port de Fujairah.

Des capacités insuffisantes

Malgré cet effort, la demande excède largement l'offre. Avant la guerre, environ 15 millions de bpj de brut transitaient par le détroit, selon Robin Mills, PDG de Qamar Energy, un cabinet de conseil basé à Dubaï. « Il faudrait doubler la capacité actuelle des pipelines pour évacuer la totalité des exportations initiales », explique-t-il.

Les pays du Golfe étudient donc de nouvelles liaisons. D'après des informations rapportées par des experts et des responsables, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et d'autres États envisagent de construire des oléoducs parallèles aux existants, ainsi que d'agrandir les terminaux d'exportation sur d'autres côtes. Ces projets sont toutefois coûteux, longs et politiquement complexes.

Un appel à l'aide américaine

Landon Derentz, directeur principal du Global Energy Center au sein du think tank Atlantic Council, a exhorté l'administration Trump à financer ces infrastructures. « Au lieu de forcer les navires à traverser ce goulet d'étranglement, les États-Unis et leurs partenaires devraient rapidement construire autour », a-t-il écrit. Le modèle saoudien, selon lui, a déjà prouvé son efficacité et doit être « considérablement étendu ».

Les grandes puissances accélèrent la transition

Parallèlement, la Chine, l'Inde et l'Union européenne, soutenues par des groupes environnementaux, pressent les investissements dans les énergies renouvelables. La crise d'Ormuz a mis en lumière la dépendance mondiale au pétrole du Golfe et la fragilité des routes maritimes. Les pays consommateurs cherchent à diversifier leurs sources d'approvisionnement et à réduire leur vulnérabilité.

Quel avenir pour le détroit ?

La guerre actuelle pourrait marquer un tournant. Si les projets de contournement se concrétisent, le détroit d'Ormuz perdrait de son importance stratégique. Mais les délais de réalisation et les coûts colossaux freinent les ardeurs. En attendant, le marché pétrolier reste suspendu aux décisions de Téhéran et à la capacité des producteurs à compenser le déficit. La suprématie du détroit d'Ormuz, bien qu'ébranlée, n'a pas encore dit son dernier mot.